jeudi 17 décembre 2009

les gays, ça se voit !


Arte.tv et le musée du Louvre m'ont proposé de réaliser trois petits films pour leur passionnant projet web "4 semaines" (voir liens ci-dessous).

J'ai choisi de tourner le dernier (Les gays, ça se voit!), à partir d'une actualité trouvée sur Têtu.fr à propos d'une "enquête (pseudo)scientifique" qui démontrerait que des étudiants américains pourraient reconnaître sur photos des personnes homosexuelles, dans 57% des cas.

Il y aurait donc une physionomie des homosexuels, vieille rengaine que l'on pensait disparue. Le film part de ces stéréotypes pour les tourner en dérision à travers des oeuvres exposées au Louvre.

Mais l'intérêt de l'expérience réside peut-être ailleurs.

Après leur avoir parlé de l'étude américaine, j'ai posé aux passants que l'on peut entendre dans la bande son, la question suivante: "
à quelle partie du visage et du corps peut-on se fier pour reconnaître un(e) homosexuel(le)?"

Deux petits groupes de témoins se sont vite détachés: ceux qui considéraient la question comme tellement idiote qu'ils ne pouvaient y répondre et ceux qui me récitaient des clichés les plus incroyables sur le sujet (les gays auraient le bassin plus étroit...).

Quant à la majorité des personnes questionnées, elles se retrouvaient prises au piège.
Une sorte de conditionnement scolaire les empêchait de remettre en question ma demande. Seule attitude sensée, pourtant.

Puisque l'on vous dit qu'il y a une étude qui...
Puisqu'un homme avec un micro vous pose la question...
Puisqu'il semble qu'il y ait LA bonne réponse...
On dit n'importe quoi.

Des choses que l'on ne pense pas nécessairement mais qui relèvent néanmoins des vieux poncifs sur l'homosexualité ("style efféminé et ongles manucurés" des gays ou bien lesbiennes obligatoirement "butch").

S'interroger sur la validité du questionnement semble impossible à une majorité des personnes. Puisque la question nous est posée, c'est qu'elle se pose. Et donc, il faut y répondre car on en a accepté le principe.

On comprend mieux comment les sondages se manipulent. Les questions comportent parfois les réponses et souvent, il n'y a pas de réponse possible. En tout cas, pas en des termes simples et résumés en dix mots.

Mieux, si l'on ne peut choisir parmi les réponses proposées, il faut se contenter d'un "sans opinion" à cause du fait que l'on a justement une opinion trop complexe pour répondre à la question telle qu'elle est posée.
La pensée se condense en une ligne avant d'atterrir sur le bureau d'un décideur (voire d'un président de la république) qui s'en inspirera lors d'une prochaine déclaration ou proposition de loi.

Voici comment se perpétuent les clichés.
Voilà de quoi se contente parfois la démocratie.

Pour voir les trois films:
A poil les femmes!
Vingt mille lieues sous la Seine.
Les gays, ça se voit !

vendredi 4 décembre 2009

Eric Zémour exige l'arrêt de la diffusion de La Domination masculine dans les salles.

Cet article n’engage que son auteur.


Ainsi, Eric Zemour a entrepris de faire interdire mon film « La Domination Masculine », nous adressant, par voie d’huissier, ses exigences de déprogrammation immédiate des cinémas, sous peine d’être attaqués par ses soins.


Eric Zemour est le chroniqueur présent tous les samedis soir dans l’émission de Ruquier sur France 2 (« on n’est pas couchés »). Il apparaît furtivement dans mon film, dans une archive de la télévision suisse où il décrit sa vision de la sexualité des hommes pour le moins surprenante. C’est lui aussi qui m’a traité de « Voyou, escroc, terroriste médiatique » chez Tadéi sur France 3 (en mon absence évidemment).


Passé le premier fou rire, il nous faut analyser sa demande. Les réponses à ses arguments, nous les gardons évidemment pour le tribunal au cas où Zémour déciderait d’ester en justice puisque nous avons décidé de ne pas lui répondre.


Mais pour le reste…


Tout d’abord, mes amis diront que je suis incorrigible, je voudrais lui trouver des circonstances atténuantes.

Zemour s’exprime évidemment dans la souffrance. On ne peut exprimer tant de haine et de colère sans qu’il en soit ainsi.


En ce qui concerne les femmes, sa blessure narcissique fondatrice ressemble à celles des nombreux masculinistes que j’ai rencontrés. Un sentiment de ne pas occuper la place qu’ils méritent. En l’occurrence, Zemour aurait rêvé d’être un grand intellectuel et il est chroniquer à la télé, envoyé spécial du Figaro dans le 8ème arrondissement…


Il se voyait énarque et a échoué à plusieurs reprises au concours d’entrée de l’ENA, se voyant doublé par bon nombre de femmes. Et comme toujours dans ces cas-là, l'observation est simple: dans une situation non mixte de pouvoir, chaque fois que des femmes prennent enfin des positions, les hommes qui les suivent reculent d’autant.


Il faut accepter ce fait comme étant juste, nécessaire et souhaitable. Ce que Zemour n’a pas encore réussi à faire, préférant, plutôt que de s’en prendre à ses limites, voire à sa médiocrité, chercher un bouc émissaire: les femmes qui feraient mieux de garder leur place. Il théorise ainsi à souhait ce qui lui sert à justifier sa haine des femmes qui réussissent, surtout en politique.


Son livre « le premier sexe » (sic) se conclut par une déclaration très claire à ce sujet : «l’équilibre subtil entre hommes et femmes, entre virilité dominante et féminité influente, a été

brisé par l’abdication des hommes blancs du XXème siècle qui ont mis à terre leur sceptre patriarcal. »


Ou bien (page 95) : « Dans le monde d’autrefois, les règles étaient clairement définies : la femme a droit au respect, mais souvent aussi à la frustration ; l’homme a droit au plaisir, mais il a des devoirs envers la jeune fille qu’il séduit (…) Globalement, ces règles sont à peu près respectées jusqu’aux années 1950. Elles sont à la fois inhibitrices et rassurantes. Ce monde est mort et enterré. (…) Les hommes n’ont plus le pouvoir sur rien dans la famille et ils se défaussent des responsabilités qui allaient avec. »


Il est nécessaire de préciser à la lecture de l’ouvrage, que Zemour ne s’exprime pas au second degré. Il défend vraiment le principe d’une « virilité dominante » et d’une « féminité influente ». On sait ce que tout cela veut dire. Le bon temps d’avant 1950, où les femmes n’avaient pas le droit de vote (sauf sur l’oreiller)…


Pour ne prendre qu’un exemple dans le même opuscule, il explique comment les femmes ne peuvent réussir en politique que par la promotion canapé. Penser qu’elles gravissent les échelons par leur talent ne lui est pas venu à l’esprit .


« Les femmes devaient passer par le lit du roi pour avoir de l’influence. On pourrait compter sur les doigts d’une main les femmes politiques, de stature nationale, qui ne soient pas passées dans les bras de Giscard, Mitterrand, Chirac. » (p81)

Celles-ci doivent apprécier…


Sa vision de la sexualité et du désir est plutôt surprenante, il nous assène ainsi (p 67 à 69) : « C’est l’inégalité qui était le moteur traditionnel du désir. La machine séculaire du désir entre l’homme et la femme reposait sur l’admiration de la femme pour celui qui a ce qu’elle n’a pas entre les jambes.

(…)

La prostitution (est) devenue un des moyens qu’ont trouvé les hommes pour retrouver une supériorité – et donc leur désir - dans la société du respect et de l’égalité. Pour la même raison, d’autres vont en Thaïlande ou à Cuba. Ces hommes occidentaux, beaucoup d’Allemands et d’Américains qui viennent de contrées où les féministes ont été particulièrement virulentes, fuient les femmes blanches, leurs égales, trop respectables, qu’ils n’osent pas désirer.

(…)

Exactement comme les hommes du XIXè siècle se rendaient au bordel, baiser des putains ou des courtisanes, tandis qu’ils « respectaient » leur femme sanctifiée par la religion catholique. »

La norme masculine archaïque est donc en permanence réaffirmée par Zemour de façon caricaturale, quitte à faire rire de lui. (p 82 et 86)

« Si Capet (Louis XVI) est condamné à mort, c’est parce qu’il a subi l’influence de l’Autrichienne et des émigrés efféminés, qu’il n’a pas été le père que l’on attendait, qu’il n’a pas été l’homme viril que l’on espérait.

Les baby-boomers (…), cette génération veut abandonner la pulsion de mort qui est le propre de la virilité depuis des millénaires. Ils veulent être du côté de la vie, du côté des femmes. Mais c’est cette pulsion de mort qui depuis toujours structure la loi et les interdits. »


Je ne résiste pas à partager la citation suivante qui nous fait glisser de la question du rapport homme femme à celle du racisme (comme chez les masculinistes les plus ultras que j’ai pu filmer d’ailleurs). (p 97)


« Depuis trente ans, on s’extasie sur la maîtrise parfaite, entre contraception et avortement, de la fécondité par les femmes. On ne dit jamais que la fin de cette histoire est funeste, qu’elle se conjugue justement avec la fin de l’histoire, avec la disparition programmée des peuples européens. (…) Face à cette rare dépression démographique, les progressistes conséquents et les technocrates compétents ont une solution : l’immigration. »


Sur cette question du racisme chez Zemour, on observe là aussi une situation plutôt classique de souffrance et donc ne comptez pas sur moi pour tirer sur l’ambulance.


Notre société connaît encore un racisme ambiant qui blesse, un antisémitisme sournois qui a du mal à disparaître, y compris parfois dans des milieux dits progressistes.

Je connais plusieurs personnes issues de la communauté juive, dans la cinquantaine, nées et ayant vécu toute leur vie en France et qui, au moment de renouveler un passeport, se sont entendu dire par un fonctionnaire d’état civil : « prouvez-moi que vous êtes bien français(e) puisque vos parents et grands-parents ne sont pas nés en France ». Sachant l’histoire de beaucoup de ces familles dont des membres ont parfois fini à Auschwitz, on peut imaginer la douleur que cela peut provoquer.

Inutile même de resituer ici le racisme anti-Noir ou anti-Arabe. Celui-là ne prend même pas la peine de se cacher sous nos contrées.


Face à ces humiliations, ces blessures, plusieurs réactions s’observent : la tristesse, l’indignation, le combat politique et parfois, le surinvestissement dans la nation d’accueil.


J’avais ainsi un voisin africain qui détestait les Noirs. Toute la journée, son commerce résonnait d’insultes racistes. Un drapeau belge sur sa façade (c’était à Bruxelles), il tentait désespérément de prouver à tous qu’il était plus blanc que les Blancs. Plutôt que de dénoncer le racisme dont il avait sans doute été victime lui-même…


C’est ce type d’erreur de cible que je devine chez Zémour dans sa tentative de se faire voir comme le plus français des Français, plaçant la culture hexagonale fantasmée au-dessus des autres (dont celle de ses ancêtres), tellement heurté par une Marseillaise sifflée (ce dont honnêtement tout le monde se fout), meurtri par la trop faible natalité (à ses yeux) des Français dont le sang est sans doute irremplaçable, se déclarant officiellement anti-anti-raciste.

On m’a appris à l’école que deux négations s’annulaient…


Voici un seul exemple que j’ai relu dix fois, pensant à chaque reprise mal comprendre les phrases que je vous livre ici : (p99)


« Le jeune Arabe est le non-dit le plus lourd de la société française. (…) Il est le barbare dans Rome, le loup entré dans Paris. Il a un langage proche de celui de Neandertal. Il est l’homme d’avant la civilisation. Il réagit de manière binaire, « lopesa » ou « respect », putes en minijupes ou saintes voilées, putain ou vierge. Il n’a pas lu Stendhal. Il n’a pas lu René Girard. Pas Dostoïevski et l’Eternel Mari. Mais il offre parfois sa conquête à ses amis au cours des fameuses « tournantes ». »


puis p 103 :

« Le 8 mars 2005 lors des manifestations écolières contre la loi Fillon (…) la violence et la férocité de ces ratonnades anti-Blancs furent même remarquées par le journal Le Monde. (…) J’y vois, moi, la haine viscérale des « vrais hommes » pour les « tantouzes », de ceux qui savent se battre pour ceux qui ne savent pas se défendre. »


Comme il faut souffrir pour écrire cela quand on n’est pas très costaud…


Impossible dans ces conditions de m’acharner sur l’entreprise zémourienne. Et pourtant, on ne peut que s’étonner du fait que les media offrent en permanence à ce chroniqueur meurtri , des tribunes de premier choix, y compris sur le service public, où il peut répéter sa doxa pour le moins violente.


Sa théorie des multiples "races" humaines (la blanche, la noire, la jaune) telle qu’il l’exprimait devant les invités ébahis d’un plateau d’ARTE, ne peut éviter de faire penser à Gobineau, l’inventeur du concept de race aryenne, qui déboucha sur ce que l’on sait.


Les blessures de Zemour devraient donc se soigner ailleurs que sous les projecteurs. Mais comme elles provoquent de bons scores d’audience, des producteurs de télévision continueront sans doute de les valoriser longtemps. En se pinçant le nez.


En attendant, « La Domination Masculine » reste à l’affiche à moins qu’une décision de justice ne vienne le déprogrammer.


Note : pour ceux qui veulent vérifier ces citations que l’on a peine à croire, les numéros des pages correspondent à l’édition en poche, chez « j’ai lu ».

jeudi 12 novembre 2009

Annulation de mon déplacement à Montréal pour cause de menaces

Depuis quelques semaines, des sites masculinistes québécois inquiètent par leur incitation à la violence physique. Il semble qui je puisse être une cible privilégiée.

Ils évoquent l’élaboration de milices masculinistes, avec instructeurs principalement venus d'Australie et de Nouvelle Zélande pour enseigner des méthodes d’armement et de combat.

Leur référence principale est leur héros, massacreur de l’école polytechnique de Montréal, qui fit 14 victimes femmes en 1989, au nom de sa haine des femmes et des féministes, avant de se suicider.

Il semble bien qu’ils pourraient avoir envie de passer à l’acte en l’imitant dans la violence totale.

La situation est telle, que certains masculinistes pourtant radicaux, ont décidé de dénoncer aux forces de sécurité de Montréal, le risque de passage à l’action armée de leurs amis.

Il va sans dire que mon film et moi-même sommes souvent la cible des annonces potentiellement violentes de ces activistes. Je risque bien d’être considéré comme un ennemi ou un traître à abattre. Ils évoquent le film en annonçant que, lors de mon passage au Québec, je pourrais passer à côté de ma propre vie et que ce pourrait être mon Waterloo .

C’est pourquoi j’ai préféré reporter mon voyage à Montréal à une date ultérieure manquant ainsi les Rencontres Internationales du film Documentaire de Montréal (RIDM). J’y participerai grâce à un débat en vidéo-conférence.

C'EST VOLONTAIREMENT QUE JE PUBLIE LES COMMENTAIRES CI-DESSOUS. ON Y DÉCÈLE BIEN LA HAINE INCONTRÔLABLE DE CERTAINS INTERNAUTES ANONYMES ET CE N'EST PAS SANS INTÉRÊT.

jeudi 5 novembre 2009

Après Frédéric Mitterrand, David Douillet le misogyne.


Le président Sarkozy a le chic, semble t-il, pour inviter des personnalités douteuses à participer à son gouvernement ou se faire élire en grande pompe sur une liste UMP.

Grâce au Canard enchaîné du mercredi 4 novembre, on découvre des passages des mémoires de David Douillet, intellectuel du judo devenu député UMP récemment. Paru il y a plusieurs années, il n'avait pas attiré l'attention des chroniqueurs littéraires et c'est sa récente élection qui lui donne donc du prix.

On découvre dans "L'Ame du conquérant" (si si) la "misogynie rationnelle" du nouveau député des Yvelines: "Pour moi, une femme qui se bat au judo ou dans une autre discipline, ce n'est pas quelque chose de naturel, de valorisant. Pour l'équilibre des enfants, je pense que la femme est mieux au foyer."

Pour lui donner raison, on pourrait lui répondre que gagner sa vie en se battant n'a en effet rien de valorisant, ni pour un homme, ni pour une femme. D'autre part, cet homme-là me semble en effet impropre à l'éducation d'aucun enfant. Mais nous sommes nombreux à s'honorer de ne pas lui ressembler.

Il ajoute: "C'est la mère qui a dans ses gènes, dans son instinct, cette faculté originelle d'élever des enfants." Inutile de préciser que l'instinct maternel n'a jamais existé et qu'il est une invention culturelle de l'après XVIIIème. Quant à la faculté génétique d'élever des enfants...

Mais il poursuit: "Si Dieu a donné le don de procréation aux femmes, ce n'est pas par hasard". L'argument est évidemment implacable. Si c'est dieu qui en a décidé ainsi, nous n'avons plus qu'à nous incliner. J'ignorais que les femmes procréaient seules mais je vais m'en informer.

Le meilleur pour la fin: "De fait, cette femme-là, quand elle a une activité professionnelle externe, pour des raisons de choix ou de nécessité, elle ne peut plus jouer ce rôle d'accompagnement essentiel. (...) Je considère que ce noyau est déstructuré. Les fondements sur lesquels étaient bâtie l'humanité, l'éducation en particulier, sont en partie ébranlés", ajoute David Douillet.

Voilà ce qui arrive quand on distribue des stylos et des cahiers à n'importe qui. Il faut préciser que Douillet est aujourd'hui membre de la commission des affaires culturelles et de l'éducation à l'Assemblée nationale. Quand je pense que je m'entends souvent dire que les femmes ne sont pas tout à fait mûres pour les postes à responsabilité en politique ou dans les CA des grandes entreprises...

Pour conclure avec le petit David: "On dit que je suis misogyne. Mais tous les hommes le sont. Sauf les tapettes !" Comme la phrase avait déjà à l'époque fait sursauter, il s'était défendu en précisant que le terme de "tapette" visait seulement "les hommes qui ne s'assument pas"...

Ah on respire !

Tant que j'y suis, je vous recommande la lecture de l'article de Libé sur l'affaire de Tarnac (les dangereux terroristes de l'ultra gauche qui auraient voulu faire dérailler les trains). On y découvre que, par les temps qui courent, il n'y a pas que les trains qui déraillent. Mais avec Douillet à l'assemblée, tout cela va changer, j'en suis certain.
http://www.liberation.fr/societe/0101600696-tarnac-la-contre-enquete-qui-derange

En réponse au commentaire de Jean Gabart: je vous invite à lire les travaux passionnants de la neuro-biologiste Catherine Vidal, spécialiste de ces questions. Vous y lirez que le rôle de l'ocytocine dans le comportement maternel a été mis en évidence chez des rats et des souris. Chez l'humain, aucune donnée scientifique digne de ce nom (publication dans une revue internationale, reproductibilité des résultats, échantillon de sujets suffisant) ne l'a montré.
Mais certain n'ont pas de scrupule pour extrapoler les données de l'animal à l'humain (c'est un sujet qui se vend bien).
De toute façon la notion d'instinct maternel n'est pas valide chez l'humain qui possède un cerveau unique en son genre avec un cortex cérébral qui supervise les comportements instinctifs qui ne s'expriment jamais à l'état brut. On peut parler d'amour maternel qui est une construction de la pensée mais pas d'instinct. Les exemple des nombreux cas de rejet des enfants l'attestent.

mardi 20 octobre 2009

histoire drôle: espionnage, masculinisme et paranoïa

Je découvre à l'instant un texte posté sur le blog (vous ne rêvez pas) de Marc Lépine, le tueur de l'Ecole polytechnique (qui s'est suicidé à la fin du massacre il y a vingt ans).

L'article raconte comment j'ai rencontré les masculinistes québécois pour les filmer dans le cadre de mon film "la domination masculine". Il n'y aurait là qu'une anecdote si la tournure ne mettait en lumière le mécanisme psychologique dans lequel s'enferment les membres des mouvements d'hommes, pour leur plus grand malheur.

Je me suis contenté de les approcher en me faisant passer pour un sympathisant de leur cause (attitude classique pour filmer l'extrême-droite par exemple). Cela me permettait de les rencontrer plus simplement et de les mettre à l'aise pour filmer leurs entretiens en confiance (sans micro ni caméra cachée évidemment).

Vous dire que j'ai dû passer pas mal d'heures à entendre des horreurs est peu de choses. Une fois rentré en Europe, ils m'ont oublié, nous avons monté le film et il sortira en France le 25 novembre.

Aujourd'hui la supercherie démasquée grâce au site du film, les masculinistes ne peuvent s'empêcher de voir un complot. Au lieu d'un simple tournage, avec de simples producteurs, un simple réalisateur, une simple caméra, ils voient un gigantesque système d'espionnage impliquant les gouvernements des pays, le Conseil supérieur du statut de la femme, les chiennes de garde...

Ils s'inventent alors une histoire à la James Bond: une société secrète (l'"internationale anti-féministe") m'aurait démasqué pendant le tournage et les masculinistes filmés auraient introduit une puce avec GPS dans mon matériel pour m'espionner... Mais du coup, je pourrais alerter les services secrets franco-belges (je n'ai pas bien compris pourquoi mais ce n'est pas grave).

Enfin, ils concluent par "Si les féministes d'ici et d'ailleurs commencent maintenant à parrainer des opérations d'espionnage à caractère international, qu'est-ce que ce sera la prochaine fois, un commando terroriste?"

On pourrait en rire si tout cela n'éclairait, une fois de plus, la paranoïa dans laquelle ces hommes s'enfoncent tristement. Tellement certains de défendre le droit et la justice, ils ne peuvent concevoir que l'on s'oppose à leurs idées par des moyens simples: une caméra ou un stylo. Il faut du complot.

Mais ce raisonnement bizarre ne cesse de me poser question: s'ils ont compris dès le tournage que je les piégeais, pourquoi ont-ils continué à raconter des horreurs devant la caméra ?
(allez voir les vidéos sur le site, c'est assez drôle: http://www.ladominationmasculine.net/themes/42-masculinisme.html )

Pourquoi ont-ils poursuivi leur discours plein de haine et de diffamation (vis à vis de magistrats qu'ils aiment dénoncer nommément par exemple) ce qui pourrait leur provoquer quelques ennuis en justice ?

Ces hommes ne forment que de petits groupes, sorte de pointe de l'iceberg du machisme. Il est inutile de leur accorder trop d'importance. Leur attitude révèle néanmoins ce que représente la résistance au changement d'une société comme la nôtre. Le progrès provoque une réaction contre-émancipatrice comme l'ont bien mis en évidence de nombreuses féministes.

D'autre part, il montre combien la complexité d'une société moderne qui évolue, dans le bon ou le mauvais sens, provoque la naissance de théories simplifiant le système jusqu'à le faire entrer dans un mythe. Jusqu'à sa caricature extrême: l'invention du complot. Tantôt juif, tantôt franc-maçon, tantôt féministe, tantôt musulman, tantôt américain (le 11 septembre n'a pas eu lieu). Le complot permet de simplifier la pensée en une dualité du bien et du mal où l'auteur se situe toujours dans le premier camp.

Les masculinistes n'y font pas exception.

PS: je publie leurs commentaires ci-dessous (parmi les autres réactions)
Le vocabulaire ("vaginocratie" etc) est intéressant à analyser, ainsi que le ton de colère.

Pour répondre à un internaute, le film ne fait nullement référence à Bourdieu dont le titre du livre est une expression très ancienne souvent utilisée dans la littérature féministe. L'influence pour l'écriture du film est plutôt à trouver chez Beauvoir, Buttler, Delphy, Héritier...

vendredi 16 octobre 2009

Mitterrand, suite et fin

Florence Montreynaud vient de m'envoyer sa lettre ouverte à Frédéric Mitterrand.
Pas à un mot à retrancher.
Je vous la livre intégralement.

« PARLEZ POUR VOUS, M. MITTERRAND ! »
Lettre ouverte à Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture,
par le réseau "Encore féministes !"

Monsieur,
Quand vous avez été nommé directeur de la Villa Médicis, puis ministre de la Culture, s'’est vérifiée une « exception française »: dans les autres pays occidentaux, un homme ayant payé de jeunes prostitués à Bangkok et l'’ayant rapporté dans un récit autobiographique se serait de ce fait exclu de tout poste officiel.

Quand vous avez soutenu le chanteur Orelsan, vous avez déclaré « ne rien voir de choquant » dans la chanson « Sale pute ! » Ne percevoir que l’'expression légitime d'’un « dépit amoureux » dans des paroles comme « T’es juste bonne à te faire péter le rectum [...] On verra comment tu suces quand j’te déboiterai la mâchoire. [...] J'’vais te mettre en cloque (sale pute) Et t’avorter à l’'Opinel », et rapprocher Orelsan de Rimbaud ont achevé de donner la mesure de votre sensibilité culturelle.

Quand vous avez défendu Roman Polanski, poursuivi pour un viol sur une fille de 13 ans, en parlant d’une « histoire ancienne qui n’a pas vraiment de sens », vous avez banalisé le crime de viol, sur mineure qui plus est. On a alors appris que, dans une lettre à en-tête de la Villa Médicis, vous aviez minimisé, en le qualifiant d’'« écart », le viol d’une mineure commis par deux garçons que vous protégez. Vous persistez donc à secourir des agresseurs en vous plaçant au-dessus de la loi.

Quand le scandale éclate et que le 8 octobre vous vous expliquez au Journal de TF1, vous déclarez, au sujet de vos actes de prostitution à Bangkok : « Que vienne me jeter la première pierre celui qui n’a jamais commis ce genre d'’erreur au moins une fois dans sa vie ! » Selon vous, exploiter la misère en payant des actes sexuels ne serait qu’une « erreur », et vous la justifiez en osant prétendre qu’elle est générale.

M. MITTERRAND, NE PARLEZ PAS POUR NOUS !

NON, tous les hommes n’'ont pas payé pour un acte de prostitution ! Et toutes les femmes encore moins !
Respectez celles et ceux pour qui la sexualité humaine est la rencontre, dans la gratuité, de deux désirs !
Sur le site de "Encore féministes !", des hommes disent NON au viol et NON à la prostitution !

mercredi 7 octobre 2009

Pénis, phallus et zizis en tous genres


Nous recevons tous dans nos boîtes à messages de nombreuses publicités vantant les mérites de pilules absolument magiques puisqu'elles permettent, ni plus ni moins, d'augmenter la taille du pénis.

Imaginez la même publicité pour l'augmentation de la taille des oreilles ou des bras, tout le monde rirait à pleins poumons. L'argument de vente est pourtant aussi idiot avec la verge mais personne ne rit.

Peut-être parce que l'organe a, dans notre imaginaire, quelque chose de particulier, d'inexpliqué, lié au symbole de pouvoir qu'il représente. On peut remarquer à quel point l'espace public regorge de phallus. Les plots anti-stationnement ont souvent cette forme conique chapeautée d'une demi-sphère posée sur un bourrelet. Exactement comme les enfants dessinent les zizis en érection.

Certaines rues de Bruxelles étaient récemment ornées de ces plots anti-voitures sur les trottoirs. Taillés dans la pierre, ils avaient une forme de cubes allongés. Rien à signaler donc, si ce n'est que le concepteur n'avait pas pu s'empêcher d'ajouter deux boules à la base de l'objet...

Mais les publicités pour les pilules ont quelque chose de particulier: elles énoncent au premier degré les clichés sur les hommes, les femmes, le sexe et le plaisir dont on pourrait penser (ou souhaiter) qu'ils aient disparu depuis belle lurette.

Ci-dessous, vous trouverez une liste résumant les arguments tels qu'ils sont énoncés en anglais. Comme on peut penser qu'ils sont destinés aux hommes, on devine l'image projetée par les vendeurs sur les clients potentiels: des brutes épaisses sorties de la guerre du feu.

En résumé, le client est sensé penser qu'une grosse verge attirera les femmes comme des mouches (à condition qu'il médiatise son objet je suppose), que celles-ci auront immédiatement un plaisir décuplé par la taille de son engin tout neuf, qu'elles lui sauteront dessus, rêveront de lui, le prendront "pour leur dieu" (rien de moins) et enfin que les autres hommes en seront jaloux.

Les hommes que j'ai rencontrés dans le cadre d'une opération chirurgicale d'agrandissement du pénis (lors du tournage de mon film) étaient tout différents. Aucun ne pensait que sa vie sexuelle (ni le plaisir de sa compagne) n'en serait modifiée. Tous, au contraire, comprenaient parfaitement que l'opération était symbolique et que ce symbole était celui du pouvoir.
"Comme acheter une grosse Mercedes", m'a dit l'un deux.

Tout se jouait dans l'image qu'ils avaient d'eux-mêmes. L'un ou l'autre d'entre eux profitant même d'un voyage professionnel de sa compagne pour se faire opérer en secret. Il faut dire que, cicatrice mise à part, le résultat n'est pas très visible. Sauf peut-être dans la tête.

Car comme leur dit le chirurgien: "un centimètre dans le pénis, c'est un kilomètre dans la tête". Et parfois il ajoute: "allez, ça fait trois mille euros"...

Il serait d'utilité publique de faire connaître
aux adolescents les travaux sur l'anatomie du clitoris. Ils découvrirait que celui-ci est énorme (une partie infime est visible) et qu'il entoure tout le vagin. Qu'il est le lieu privilégié du plaisir chez toutes les femmes. Que les sex toys sont des projections des fantasmes des hommes (des trucs immenses) et que le jouet adapté à l'anatomie du plaisir de la femme est tout petit.

Les garçons souffriraient peut-être moins et les filles jouiraient peut-être plus...

Exemples des arguments publicitaires:

  • Every extra inch in your pants means an extra number in your phone
  • Having a big beast in your pants will make you a beast in bed.
  • Women don-t care about your money as long as your trunk is long and hard.
  • Your sweetheart will be on cloud nine if you enlarge your stick.
  • Enlarge your device and women will jump in your bed.
  • Why girls like it harder
  • She will dream of you every night
  • More inches will bring more power
  • Give joy to your beloved woman
  • Be a god of her intimate dreams
  • Intensify and double her pleasure
  • Become more attractive to ladies!
  • Inspire her to come everytime
  • You hate your male friend? After enlargement it can become your best friend