mercredi 10 avril 2013

Les anti "mariage pour tous" ont raison sur un point

Combattre un ennemi politique nécessite de bien comprendre sa position et les raisons qui la sous-tendent. On a souvent tendance à affirmer que les opposants au mariage pour personnes de même sexe défendent une position incompréhensible puisque la loi ajoutera des droits aux uns sans en retirer aux autres.

C'est à mon avis faire une grave erreur d'analyse.

Le mariage pour tous est un bouleversement anthropologique majeur dont on n'imagine pas encore bien les conséquences. Il sonne le glas de la famille traditionnelle et d'une vision de l'organisation sociale fondée sur celle-ci. Il déconstruit la norme de l'altérité qui fonde toute société. En effet, deux points communs rassemblent toutes les cultures de façon trans-historique: la répartition des tâches selon le sexe et la hiérarchisation des sexes où les femmes sont subordonnées aux hommes. En un mot, le système patriarcal. Françoise Héritier en a bien expliqué les raisons et origines.

Le fondement de toute société est donc l'altérité. Quelle que soit le type de répartition qui diffère largement d'une culture à l'autre, hommes et femmes organisent leurs fonctions selon des rôles bien distincts qui fondent la structure sociale. Or la reproduction est à l'origine de cette organisation et la proposition de loi affirme que même sur ce point l'altérité n'est plus nécessaire. Le mariage pour tous brûle l'arbre généalogique pré-imprimé où il suffisait d'inscrire son nom à la racine puis celui du père et de la mère, des quatre grands-parents et ainsi de suite pour remplir les branches. Cette transformation est donc une étape qui accélère l'évolution de la pensée égalitaire portée par les féministes. L'idée qu'hommes et femmes pourraient occuper les mêmes fonctions prend donc un gigantesque coup d'accélérateur.

Nous nous réjouissons de vivre un tel moment historique mais il va falloir se préparer en payer le prix.

récentes agressions homophobes à Paris

Il n'est pas surprenant qu'une partie de la société qui craint un changement qu'elle pressent très justement comme majeur se mette à manifester parfois violemment son opposition au projet de loi. Il n'est pas étonnant non plus de voir des associations de pères (SOS papa) manifester ouvertement aux côtés des catholiques dans les "manifs pour tous".

En effet, ces groupes masculins, pour ne pas dire masculinistes, défendent une vision de la société normée selon les modes d'un passé fantasmé. Celui du temps de nos grands-parents où les trains arrivaient à l'heure et où il faisait chaud en été et froid en hiver. Le mode patriarcal est défendu par eux via une idéologie très andro-centrée et qui défend les privilèges masculins. On ne parle pas d'anti-féminisme par hasard. Leur présence dans ces manifestations est donc cohérente.

La loi est actuellement en train d'être votée. Il va donc falloir s'attendre dans les mois, voire les années à venir, à un retour de balancier qui pourra être violent. Un système aussi stable et ancien que le patriarcat ne va pas se laisser déconstruire aussi facilement. Des groupes de pression vont naître et se développer avec sans doute des actions brutales. Déjà fleurissent sur la toile des menaces et intentions violentes. La tension montera encore à n'en pas douter.

Le mariage pour tous est présenté comme un progrès pour les homosexuels (et il l'est en fait pour tous). Il aura pourtant une contrepartie importante: ils devront regarder à deux fois avant de se promener main dans la main dans l'espace public. 

Vous avez dit "backlash"?

mardi 19 mars 2013

Masculinistes: surprise pour ce 21 mars !

Messieurs les français, (les dames je les emmerde)... c'est ainsi que débute un message d'un des militants de la cause des "pères".
 
image invitant à l'événement de ce jeudi 21 mars
 
 
Je ne m'étais malheureusement pas trompé en voyant derrière les "pères" grimpant sur les grues, des groupes de masculinistes[1].
 
Ne pouvant plus les infiltrer moi-même, et pour cause, j'ai donc bénéficié de deux complices qui observent, de l'intérieur, ce qui se passe dans la sphère masculiniste française. Il se fait qu'ils nous préparent un coup de force surprise mis en scène pour ce jeudi 21 mars.
 
Un peu partout en France (à Paris, Amiens, Strasbourg, Thonon, Lyon, Gap, Nantes, Montpellier, Toulouse, Bordeaux, Rennes, Saint-Etienne, Nanterre, Caen...) des masculinistes vont se rassembler (généralement devant les magasins Le Printemps) pour ensuite se lancer dans des actions médiatiques très viriles : escalade de grues et bâtiments en tout genre. A Paris, ils ont prévu de monter sur la Tour Eiffel à 18h pour y étendre une banderole. On devrait parler au conditionnel car cette information maintenant révélée, on peut penser que la police les en empêchera.
 
 annonce de l'événement de ce jeudi 21 mars
 
On voit aujourd'hui ce qui se cache derrière les organisations dites de "pères". En effet, comme des masculinistes québécois me l'avaient confié, pensant que j'étais l'un d'entre eux, il ne s'agit là qu'une d'une vitrine médiatiquement vendable. Qui pourrait critiquer un père voulant s'occuper de ses enfants?
 
On sait maintenant que cet argument dissimule une idéologie très réactionnaire, très droitière, homophobe, misogyne et avec parfois des relents racistes et d'extrême-droite, comme j'avais pu l'observer à Montréal.
 
Pour preuve, quand ils s'expriment (publiquement mais surtout entre eux) à propos de cette journée du 21 mars, leur discours comporte tous les éléments paranoïaques et remplis de haine pour les femmes en général où ils peuvent confondre féminisme, consumérisme, sionisme... Parmi leurs références, on découvre par exemple Alain Soral.
 
 
Sous la plume des plus inspirés, les femmes deviennent "les truies, les grues, les pouffiasses, les salopes, les connasses", ils parlent de "ministère pouffiassique, des ministresses" et pour dire "la mère" il leur arrive de parler de "l'amère"...
 
Ils imaginent un complot mondial tenu par des forces occultes ("les réels tenants du pouvoir") comprenant la Maçonnerie et dont les femmes ministres ne seraient évidemment que des marionnettes.  
 
Comme au Québec, ils se considèrent comme des "résistants" face aux "nazis": "La france est un pays occupé, un souvenir de démocratie... elle est totalement sous emprise mondialiste via la filiale europe. Les structures nationales sont des mascarades jouées par les tenants du pouvoir occulte."
 
 illustration sur une page Facebook masculiniste
 
Les valeurs virilistes se retrouvent donc dans l'idée d'escalader des monuments en se mettant physiquement en danger. Car dans leur doxa, "un enfant a besoin d'un père fort, pas d'une lavette qui se lamente corps et âmes et ad vitam eternam devant le grand satan".
 
On retrouve dans leurs écrits un salmigondis anti-tout mais où le corps des femmes est la propriété des hommes: "ces enculés continuent durant ce temps a niquer nos meufs en leur vendant des merdes..."
 
Ces hommes sont-ils dangereux? 
 
Le masculinisme est une nébuleuse comprenant ceux qui veulent provoquer un débat à coup d'arguments plus que discutables, d'autres sont engagés dans des actions violentes. D’autres enfin travaillent au lobbying auprès des députés et sénateurs pour obtenir une loi imposant la garde partagée des enfants en cas de séparation. Il leur arrive fréquemment aussi de s'opposer entre eux à coups d'insultes qui valent bien celles qu'ils réservent aux femmes. Mais la violence est souvent le point commun de leurs discours, et de leurs gestes...
 
Ainsi, Fabrice Devaux, "ex-membre charismatique de l'association SOS Papa" (Le Point), a été condamné à six ans de prison ferme par le tribunal correctionnel de Caen pour avoir notamment projeté l'assassinat de son ex-compagne, mère de leurs trois enfants dont il n'avait plus le droit de garde.
Il avait tenté de faire passer son ex-compagne pour une trafiquante de drogue et accusé sans fondement les grands-parents maternels de pédophilie. Huit autres prévenus dans l'affaire ont été condamnés à des peines allant jusqu'à deux ans de prison ferme. 


Voilà à quelles extrémités pousse le discours masculiniste. Car quand on est "résistant", s'en prendre physiquement à un "nazi" n'est pas un crime, c'est un acte héroïque. Car pour un pervers narcissique qui passe à l'acte, combien rendent impossible la vie des femmes de leur entourage, à commencer par la mère de leurs enfants: harcèlement, menaces, violences?
Espérons que ce 21 mars, la presse prendra ses distances et parlera de leur action avec plus de discernement que la dernière fois.

[1] Il faut lire le travail incontournable de Mélissa Blais et Franci Dupuis-Déri sur le sujet pour mesurer l'ampleur du phénomène.

mercredi 27 février 2013

Masculinistes et médias, une manipulation inconsciente

Suite aux réactions des journalistes à mon article paru ici et dans Le Monde, une question se pose: comment une équipe de Piéniclés montés sur des grues a pu retenir à ce point l'attention des médias pendant une semaine.

On imagine que si des féministes avaient grimpé au même endroit pour dénoncer les violences conjugales, les journalistes les auraient ignorées, se seraient moqués de ces "hystériques, extrémistes" et autres qualificatifs, concluant que maintenant qu'elles sont là-haut, qu'elles y restent. A moins qu'elles ne soient montées nues évidemment...

Or, ces représentants d'associations de "pères", avec ce que l'on en sait, font le buzz pendant quelques jours jusqu'à dévoiler eux-mêmes leur misogynie triomphante. C'est donc sans doute que la société dans laquelle ils s'expriment est prête à accueillir leur parole. On pourrait comparer cela à un enfant qui lâcherait une bille en haut d'une côte. Même avec un geste maladroit, il la ferait rouler dans le sens naturel de la gravitation. Il en va ainsi des idées masculinistes. Elles vont dans le sens de notre culture, toujours misogyne, sexiste et prête à écouter n'importe quel idiot se plaindre des femmes.

Le plus gênant est quand les journalistes eux-mêmes tombent dans le piège sans le recul professionnel pourtant obligatoire. J'ai adoré la tête de ceux qui ont fait la promo des grimpeurs de grues quand ils les ont entendu insulter les femmes ministres, une fois descendus. Un spectacle réjouissant !

En Belgique, le débat a été lancé également. Hier, le très sérieux quotidien national "La Libre Belgique" titrait à travers toute sa une: "Après le divorce, le père passe toujours en second". 


 On peut s'étonner de cette affirmation qui ne souffre aucune exception. D'autant qu'à l'intérieur du même journal, on découvre des chiffres de la répartition des gardes d'enfants, selon une décision d'un juge ou par accord à l'amiable entre les parents.



Une simple addition permet de découvrir que dans 96,4% des cas, l'accord se résout de manière définitive par un accord à l'amiable entre les parents... Pourquoi alors affirmer que les pères sont lésés "à 100% en une du journal ?

D'autre part, on découvre que les pères ne sont pas globalement très motivés pour s'occuper de leurs enfants à mi-temps. Près de un sur quatre s'accorde à l'amiable pour obtenir la garde un we sur deux et 10% se contentent de demander moins d'un we sur deux avec leurs enfants.

On peut d'ailleurs se demander qui est lésé dans ces cas-là? Qui a tout son temps pour organiser sa carrière, ses loisirs et sa nouvelle vie sexuelle et affective? Qui se retrouve en quasi situation de famille monoparentale avec toutes les contraintes, tout cela, dans la plupart des cas, s'être occupée de toutes les tâches familiales et domestiques pendant des années.

J'aurais aimé entendre la discussion en salle de rédaction de "La Libre Belgique" quand le titre barrant la première page a été négocié. On sait, en tout cas, dans quel univers idéologique a dû baigner la conversation. Très banal en fait.

lundi 28 janvier 2013

Twitter, racisme et censure.


Le tribunal de grande instance de Paris vient donc de forcer Twitter à communiquer à des associations luttant contre le racisme des informations sur les auteurs de twitts problématiques. Il s’agit de messages  homophobes, racistes, antisémites ou sexistes généralement accompagnés d’un hashtag du style #unbonjuif ou #simonfilsestgay.

Les associations ont aussi obtenu du tribunal la mise en place d’un système de signalement (comme sur Facebook) permettant aux usagers de notifier à Twitter des messages à caractère illégal.

Toutes celles et ceux qui liront ceci partageront sans doute mon regard d’effroi sur certains des messages publiés et qui, sous couvert d’un concours de plaisanteries, n’en témoigne pas moins  d’une idéologie abjecte.

On n’a pas attendu Twitter pour se rendre compte de ces phénomènes. Ce n’est pas surprenant, des associations militant contre l’antisémitisme observent un phénomène particulièrement violent en France sur la toile.

Le problème est que nous changeons de civilisation et qu’il faut en tirer toutes les conséquences si l’on veut promouvoir l’égalité, la liberté et pourquoi pas la fraternité…

On pouvait facilement incriminer l’auteur d’écrits faisant la promotion du racisme par exemple tant qu’il l’imprimait ou utilisait un médium de l’ancien temps : télé, radio, presse écrite. La rareté des médias permettait d’identifier immédiatement l’auteur et de la traduire devant un tribunal si ses paroles ou écrits contrevenaient à la loi.

Le problème est que les médias délinéarisés appartiennent à la société de demain et ne répondent pas aux mêmes critères. Demander à une société privée (Twitter) de censurer des messages ne doit pas être toléré car pourquoi ne le ferait-elle pas à d’autres fins que la lutte contre le racisme. Elle pourrait par exemple supprimer certains messages critiquant des marques qui achètent des espaces publicitaires sur le réseau. Cette porte ne peut être ouverte en aucun cas.

D’autre part, c’est à un tribunal de rendre justice. Non à l’exécutif et encore moins à une société privée. De quel droit, en effet, une société américaine s’arrogerait-elle le droit de juger ce qui peut être dit ou pas…

Vous me direz qu’il suffit de lui demander d’appliquer la loi pour supprimer les messages illégaux. Le problème est que c’est impossible… Il faudrait pour cela embaucher des milliers de petits « juges Twitter » formés en quinze minutes et lisant les messages pour choisir ce qui est légal ou pas (le travail de la justice). Inimaginable.

Le faire de manière automatique est tout aussi impossible. On pourrait effacer d’un coup tous les messages #unbonjuif mais les auteurs utiliseraient immédiatement des euphémismes ou contrepèteries pour poursuivre leur petit jeu stupide : #ubj ou #unjonbuif etc.

Enfin, demander à Twitter de communiquer à un tribunal des informations relatives aux auteurs souvent anonymes est illusoire. Cette politique poussera ces scribouillards à utiliser des VPN. C’est gratuit ou presque, cela prend trois minutes et cela vous rend invisible (de même que pour ADOPI).

Alors que faire ?

Personnellement, je n’ai jamais vu aucun message raciste ou homophobe sur les réseaux sociaux que j’utilise. Normal, je n’y suis en contact qu’avec des personnes qui n’auraient jamais l’idée d’en publier. Le discours raciste, homophobe, antisémite, sexiste existe bien. Et c’est à la base qu’il faut le combattre.

S’en prendre à ses expressions sur les réseaux sociaux est illusoire et risque d’ouvrir la porte à de véritables formes de censure comme le signale souvent Jérémie Zimmermann, porte parole de la Quadrature du Net.

D’autant que tous les sous-entendus racistes, sexistes et homophobes sont tolérés quotidiennement dans les médias classiques (les débats télévisés par exemple, où les chroniqueurs dérapent en permanence) sans provoquer la même réaction.

Les racistes, les homophobes, les sexistes nous poussent à la faute que représente la censure. Il ne faut pas tomber dans leur piège. Mais il faut les combattre sur le plan des idées. C’est un combat de tous les jours où tous les acteurs doivent s’impliquer pour promouvoir une pédagogie de l’égalité, de la tolérance ainsi qu’un rappel de l’histoire.

Pourquoi ne pas demander aux sociétés gérant les réseaux sociaux de s’y impliquer ? Pourquoi ne pas utiliser toute cette énergie et cet argent pour lancer des campagnes de refus du racisme sur la toile et sur les réseaux sociaux en particulier.

Cela me semblerait plus efficace…


mardi 22 janvier 2013

Abolition et réalités sociales

J'ai récemment participé à une émission télévisée sur la prostitution où comme d'habitude les arguments les plus stupides ont été énoncés: le désir masculin serait très particulier et surtout différent de celui des femmes (Elisabeth Levy), rien ne vaut la prostitution pour déniaiser son fils (Calixthe Beyala), sans prostitution c'est la pornographie qui éduque les jeunes (Joseph Macé – Scaron), la prostitution permet aux femmes de se libérer et elle a sauvé la "famille" (tous).

Une voix dans le public s'est ensuite exprimée sobrement. Il s'agissait de Morgane Merteuil, célèbre porte-parole du STRASS. Et voilà ce qu'elle nous dit: "il a été dit (ici) beaucoup de bêtises par exemple sur cette différence qu'il y aurait entre le désir féminin et masculin, sur le "rôle social" de la prostitution...

Je pense que les questions ne sont pas là. La question est en effet que pour beaucoup de femmes la prostitution est un choix par défaut. Personne ne dit le contraire. On est dans une société de contraintes. Et c'est en effet triste. Et il y a du boulot à faire pour que les femmes aient un meilleur accès à l'emploi, pour qu'elles aient une sexualité plus épanouie, etc 

Maintenant tant que ce travail n'est pas fait, et il faut bien évidemment le faire, on est en train de retirer à des femmes leur seul moyen de survie. Au lieu de leur donner accès à l'emploi, on les empêche de se prostituer. On sait très bien que de toute manière sous ce gouvernement pseudo-socialiste, il n'y aura pas les moyens qui sont promis pour des formations, pour des logements etc

Elle conclut en insistant sur le fait que ce sont les personnes les plus vulnérables dont les migrantes qui seront toujours touchées en premier par toute répression.

Le discours de Morgane Merteuil m'a beaucoup surpris. Il s'oppose au combat abolitionniste dans le sens où elle refuse la pénalisation des clients et la norme sociale qui en découle: le corps des femmes n'est pas à louer.

Mais pour le reste, il donne des arguments à l'abolition et reprend un des arguments centraux des abolitionnistes. Oui, les femmes prostituées sont issues d'une seule classe sociale et leur "choix" (quand elles ne sont pas physiquement forcées) n'est qu'un choix par défaut ou résignation. Oui le problème fondamental de la prostitution est la disposition du corps des femmes (et des hommes) par les hommes. Et outre les réseaux mafieux, c'est la misère, le plus souvent, qui soumet les femmes à ce système dans des stratégies de survie. 

Fin du débat sur le "choix" de se prostituer.
 
Nos pays n'ont jamais produit autant de richesses qu'aujourd'hui mais la pauvreté explose pourtant sous nos yeux. Nous voulons l'abrogation de la loi sur le racolage passif et en même temps la pénalisation du client prostitueur. Mais, les médias l'oublient souvent, les abolitionnistes réclament des mesures d'accompagnement social de la sortie de la prostitution ainsi qu'une éducation égalitaire à la sexualité. Des associations qui travaillent sur le terrain en ce sens hurlent au manque de moyens.

Sans ces mesures sociales, les femmes africaines, d'Europe de l'est ou tout simplement dans la grande pauvreté sortiront-elles de la prostitution que la misère livre aux clients prostitueurs?

On vante souvent le modèle suédois où le client prostitueur est pénalisé depuis treize ans. On cite les résultats en termes de baisse du nombre de femmes prostituées. C'est oublier que cette loi a été accompagnée en Suède de mesures sociales énergiques en vue de permettre aux femmes de sortir de la prostitution.

Que fait la collectivité en terme de logement pérenne ou d'urgence pour les femmes en danger? Comment imaginer qu'une femme réduite à dormir dans une cabine téléphonique ne sera pas également réduite à se prostituer pour survivre, quelques soient les lois votées?

Comment imaginer que le fait de raser les bidonvilles de Roms (provoquant de facto la déscolarisation des enfants en les faisant changer de commune) ne va pas augmenter la misère et donc la prostitution des femmes qui y survivent dans des conditions indignes?

La lutte contre la prostitution passe par une norme sociale très claire et donc une loi abolitionniste. Mais elle passe aussi et surtout par la lutte radicale contre la pauvreté (des femmes), la mise en place de véritables programmes de logement pour les plus pauvres, un meilleure distribution des richesses et une éducation égalitaire à la sexualité, comme le demande le mouvement abolitionniste depuis toujours.

Lorsque, dans quelques mois à n'en point douter, la loi sur la pénalisation des clients prostitueurs sera votée, il ne sera pas temps de sabrer le champagne pour fêter notre victoire. Ce sera en fait le début d'un long combat social contre la prostitution. Et là, il y a peu de raisons d'être optimistes.

lundi 7 janvier 2013

Prostitution, Libération remet le couvert

Le journal Libération a donc remis le couvert. Un long article donne la parole à Marcel Nuss, poly-handicapé, membre du STRASS et défendant à ce titre le système de prostitution qu'il aimerait voir légaliser. L'article est sans distance aucune, dans la complaisance totale.



On ne peut que s'interroger sur le tournant pris ces dernières années par Libération. Journal historiquement progressiste, celui-ci développe et propage les idées les plus réactionnaires à la mode. Marcela Iacub dont on connaît les positions ahurissantes sur le viol y a son rond de serviette. Le système prostitueur y est vanté par pages entières, donnant la parole ici à Caubère et là à d'autres sans jamais faire un véritable travail d'investigation sur ce qu'est la prostitution aujourd'hui, travaux scientifiques ou terrain à l'appui.

Les journaux n'ont plus les moyens de financer un tel travail me direz-vous? C'est la rengaine habituelle justifiant une paresse et une soumission idéologique qu'il faut mettre en perspective avec le chiffre d'affaires de Médiapart, six fois supérieur à celui de Libération.fr...

Pour des raisons qui appartiennent à sa rédaction (et qu'on imagine), Libé a donc pris le parti de défendre "la liberté de se prostituer". A court d'argument, les pro-prostitution en viennent souvent à la question du handicap. 

C'est donc un homme poly-handicapé que l'on prend à témoin, photo à l'appui. Le problème c'est que l'argument fait long feu. Marcel Nuss est membre du STRASS (lobby qui défend la prostitution) et s'exprime souvent sur le sujet.  Il suffit donc de lire sur son blog pour comprendre en quoi la démarche du journaliste est malhonnête.

Marcel Nuss ne cesse d'écrire qu'il n'y a pas une prostitution classique et une prostitution pour personnes handicapées mais que c'est exactement la même chose. Il refuse le distingo. Il milite pour la prostitution en général en tant que "client". Sa situation de personne handicapée n'est donc qu'un faire valoir hypocrite pour la cause. 

D'autre part, comme beaucoup de clients prostitueurs, Marcel Nuss a eu deux compagnes avec qui il a même eu des enfants. On est donc une fois de plus très éloigné du cliché de l'homme seul et désœuvré puisque l'on sait que l'immense majorité des hommes qui ont recours à la prostitution ont une compagne et souvent des maîtresses.

L'homme handicapé (pas la femme, on devine pourquoi) est donc l'alibi idéal. Il symbolise l'être esseulé qui mérite bien aussi sa dose de sexe dont il aurait "besoin". Mais pourquoi ne pas y ajouter les veufs, célibataires, isolés géographiquement, détenus, malades, trop timides... Des armées d'hommes qui auraient aussi "droit" à ce que des femmes les fassent jouir au dépend de leur propre intégrité psychologique...

Et pour le reste, l'argumentaire classiquement naïf de l'article ferait sourire si il n'était aussi violent. Les femmes prostituées "jouiraient" avec leurs "clients". Il suffit d'avoir écouté ces personnes pour savoir à quel point les "clients" sont volontairement crédules d'une comédie qui leur est faite. Pour savoir que la stratégie des femmes prostituées n'a qu'un seul but: que cela aille le plus vite possible. Voire que le client croie les pénétrer alors que ce n'est pas le cas. Et que tout cela est évidemment de la violence pure.

Une femme prostituée racontait récemment son horreur quotidienne et son délabrement physique. Elle disait avoir le vagin fatigué. Quand je crie, disait-elle, les clients pensent que je jouis alors que c'est tellement j'ai mal.

En contraction flagrante avec la comédie jouée au "clients", les femmes prostituées parlent d'eux avec souvent un mépris non dissimulé, voire avec haine. Et on peut les comprendre. Le problème est que les seules femmes prostituées que la plupart des journalistes connaissent sont les deux qui courent les plateaux et rédactions pour raconter à quel point il est formidable de se prostituer.


La voix des dizaines de milliers d'autres femmes prostitutées, on ne l'entend jamais. Ni dans Libé, ni ailleurs. Et c'est bien normal, car cela ferait très mal.


dimanche 9 décembre 2012

Rufo et la pédophilie

La défense des privilèges chez les hommes passe souvent par des chemins escarpés. Je peux en témoigner personnellement.
Du déni à la revendication, en passant par la moquerie, la dérision ou le mépris, toute une batterie d'outils est à notre disposition pour protéger notre place forte masculine.

La télévision publique française (France 5 en l'occurrence) vient une fois de plus d'en faire la preuve par la voix de son médiatique animateur psychologue à distance, Rufo. Celui-ci vient en effet de réaliser en direct une glissade qui éclaire l'idéologie sous-tendue par sa pratique et celles de certains de ses collègues.



Une mère l'appelle au téléphone en direct. Elle témoigne du fait que sa fille de 28 ans est adicte aux antalgiques et fait l'objet d'un internement en hôpital psychiatrique. Or celle-ci vient de révéler qu'elle a été victime de viol vers l'âge de 3 ou 4 ans. Elle indique le nom de son violeur à sa mère qui, dépourvue, s'en remet au psy de la télé...

Et celui-ci de lui répondre:

« L’immense majorité des enfants « abusés » vont bien ! ... à distance après le sévice... ils ont bien sûr des craintes un peu précises, mais elles vont bien dans leur vie amoureuse, sexuelle, personnelle, professionnelle... donc, en quelques sorte, un abus ne peut pas entrainer un tel dégât sauf si la vulnérabilité et la fragilité du sujet vient faire que l’abus renforce cette pathologie d’organisation. Là, dans ce que vous décrivez, c'est complètement fantasmatique. dans son organisation ça fait plus partie d’une reconstruction délirante du monde où un ennemi,  un agresseur existe, fondu comme ça dans son histoire.» 

Passons sur les questions de déontologie qui mériteraient que Rufo soit rappelé à l'ordre par ses pairs. On peut se demander où se trouve l'origine de cette information sur les violences sexuelles que Rufo nous présente. Ses propos sont à comparer avec ceux des théoriciens du masculinisme. Pour rappel, il s'agit des mouvements très conservateurs, parfois violents, qui réaffirment la suprématie de l'homme sur la femme, la défense du patriarcat, en utilisant la négation des violences faites aux femmes.

L'auteur favori des masculinistes, Yvon Dallaire, lui-même aussi psychologue, qui a pris pour habitude de justifier la violence conjugale par le tempérament naturel des hommes et l'incapacité à la comprendre dont font preuve certaines femmes, ne tient pas un autre discours quand il relativise les conséquences de la pédocriminalité. 

Ainsi dans "Homme et fier de l'être" Dallaire écrit: (pp99-100)

"La majorité des enfants a vécu des activités sexuelles, la plupart avec des enfants de leur âge, parfois avec des enfants plus âgés de quelques années, plus rarement (mais c'est déjà trop) avec des adultes et, études et témoignages à l'appui, sans aucun préjudice sur leur développement sexuel ou affectif."

Vous avez bien lu. Dallaire met certaines formes pour ne pas tomber sous le coup de la loi et semble condamner ces actes mais il nous explique qu'une relation sexuelle entre un enfant et un adulte peut se faire "sans aucun préjudice pour l'enfant". 

Quelle idée se cache mal derrière ces phrases?

Plus grave encore, page 100, il écrit "Encore un fois, la perception de la réalité, la fausse croyance en la vilenie des hommes et l'interprétation catastrophique des abus peuvent provoquer des réactions pires que la réalité de ces abus."

Autrement dit, si cela arrive, il ne faut pas en faire tout un plat car pour le coup, on provoquerait des dommages chez l'enfant. Gardons le silence...

Il faut savoir que ces idées sont dans la droite ligne des discours de l'Américain Gardner qui défendait ouvertement la pédophilie. Elles font actuellement leur chemin en Europe ainsi que le dénonce le Collectif féministe contre le viol en France depuis des années. Rufo en est maintenant le porte-parole avec la complicité de France télévisions.

Pour celles et ceux qui en douteraient encore, la Haute autorité de la santé, a rendu des recommandations à la demande du Ministère de la santé. Celle-ci décrit ainsi les conséquences du phénomène:

Un phénomène occulté par la société
L’inceste sur mineur serait gravement sous-déclaré. 90% des incestes ne seraient pas signalés à la justice. La gravité des séquelles sur la santé physique (troubles du comportement alimentaire, addictions…), sur le développement psychique (dépression, pulsions suicidaires…) et sur la vie sociale des victimes (peur des autres…) fait de l’inceste un enjeu sanitaire et sociétal majeur. 

Dans cette vidéo, le Dr Gilbert Vila, pédopsychiatre, responsable du Centre de victimologie des mineurs de l'Hôpital Trousseau, président du Groupe de Travail HAS, décrit les signes des conséquences de violences sexuelles sur les enfants: tentatives de suicide, trouble de l'alimentation, trouble du comportement, anorexie mentale, boulimie, violence, bagarres à répétition...

Mais tout cela n'est pas très grave puisque ces enfants vont bien, c'est le psy de la télé qui le dit.

Pour en savoir plus, je vous invite à voir ces vidéos où figure Dallaire. Vous pourrez découvrir d'autres idées saugrenues du psychologue (lui-même considéré comme expert dans un webdocumentaire de France télévisions, décidément...) La vidéo sur l'éjaculation précoce est une pièce d'anthologie.

Voir aussi la pétition: President de la République: Stop à la désinformation sur les violences sexuelles faites aux enfants !