jeudi 5 novembre 2009

Après Frédéric Mitterrand, David Douillet le misogyne.


Le président Sarkozy a le chic, semble t-il, pour inviter des personnalités douteuses à participer à son gouvernement ou se faire élire en grande pompe sur une liste UMP.

Grâce au Canard enchaîné du mercredi 4 novembre, on découvre des passages des mémoires de David Douillet, intellectuel du judo devenu député UMP récemment. Paru il y a plusieurs années, il n'avait pas attiré l'attention des chroniqueurs littéraires et c'est sa récente élection qui lui donne donc du prix.

On découvre dans "L'Ame du conquérant" (si si) la "misogynie rationnelle" du nouveau député des Yvelines: "Pour moi, une femme qui se bat au judo ou dans une autre discipline, ce n'est pas quelque chose de naturel, de valorisant. Pour l'équilibre des enfants, je pense que la femme est mieux au foyer."

Pour lui donner raison, on pourrait lui répondre que gagner sa vie en se battant n'a en effet rien de valorisant, ni pour un homme, ni pour une femme. D'autre part, cet homme-là me semble en effet impropre à l'éducation d'aucun enfant. Mais nous sommes nombreux à s'honorer de ne pas lui ressembler.

Il ajoute: "C'est la mère qui a dans ses gènes, dans son instinct, cette faculté originelle d'élever des enfants." Inutile de préciser que l'instinct maternel n'a jamais existé et qu'il est une invention culturelle de l'après XVIIIème. Quant à la faculté génétique d'élever des enfants...

Mais il poursuit: "Si Dieu a donné le don de procréation aux femmes, ce n'est pas par hasard". L'argument est évidemment implacable. Si c'est dieu qui en a décidé ainsi, nous n'avons plus qu'à nous incliner. J'ignorais que les femmes procréaient seules mais je vais m'en informer.

Le meilleur pour la fin: "De fait, cette femme-là, quand elle a une activité professionnelle externe, pour des raisons de choix ou de nécessité, elle ne peut plus jouer ce rôle d'accompagnement essentiel. (...) Je considère que ce noyau est déstructuré. Les fondements sur lesquels étaient bâtie l'humanité, l'éducation en particulier, sont en partie ébranlés", ajoute David Douillet.

Voilà ce qui arrive quand on distribue des stylos et des cahiers à n'importe qui. Il faut préciser que Douillet est aujourd'hui membre de la commission des affaires culturelles et de l'éducation à l'Assemblée nationale. Quand je pense que je m'entends souvent dire que les femmes ne sont pas tout à fait mûres pour les postes à responsabilité en politique ou dans les CA des grandes entreprises...

Pour conclure avec le petit David: "On dit que je suis misogyne. Mais tous les hommes le sont. Sauf les tapettes !" Comme la phrase avait déjà à l'époque fait sursauter, il s'était défendu en précisant que le terme de "tapette" visait seulement "les hommes qui ne s'assument pas"...

Ah on respire !

Tant que j'y suis, je vous recommande la lecture de l'article de Libé sur l'affaire de Tarnac (les dangereux terroristes de l'ultra gauche qui auraient voulu faire dérailler les trains). On y découvre que, par les temps qui courent, il n'y a pas que les trains qui déraillent. Mais avec Douillet à l'assemblée, tout cela va changer, j'en suis certain.
http://www.liberation.fr/societe/0101600696-tarnac-la-contre-enquete-qui-derange

En réponse au commentaire de Jean Gabart: je vous invite à lire les travaux passionnants de la neuro-biologiste Catherine Vidal, spécialiste de ces questions. Vous y lirez que le rôle de l'ocytocine dans le comportement maternel a été mis en évidence chez des rats et des souris. Chez l'humain, aucune donnée scientifique digne de ce nom (publication dans une revue internationale, reproductibilité des résultats, échantillon de sujets suffisant) ne l'a montré.
Mais certain n'ont pas de scrupule pour extrapoler les données de l'animal à l'humain (c'est un sujet qui se vend bien).
De toute façon la notion d'instinct maternel n'est pas valide chez l'humain qui possède un cerveau unique en son genre avec un cortex cérébral qui supervise les comportements instinctifs qui ne s'expriment jamais à l'état brut. On peut parler d'amour maternel qui est une construction de la pensée mais pas d'instinct. Les exemple des nombreux cas de rejet des enfants l'attestent.

mardi 20 octobre 2009

histoire drôle: espionnage, masculinisme et paranoïa

Je découvre à l'instant un texte posté sur le blog (vous ne rêvez pas) de Marc Lépine, le tueur de l'Ecole polytechnique (qui s'est suicidé à la fin du massacre il y a vingt ans).

L'article raconte comment j'ai rencontré les masculinistes québécois pour les filmer dans le cadre de mon film "la domination masculine". Il n'y aurait là qu'une anecdote si la tournure ne mettait en lumière le mécanisme psychologique dans lequel s'enferment les membres des mouvements d'hommes, pour leur plus grand malheur.

Je me suis contenté de les approcher en me faisant passer pour un sympathisant de leur cause (attitude classique pour filmer l'extrême-droite par exemple). Cela me permettait de les rencontrer plus simplement et de les mettre à l'aise pour filmer leurs entretiens en confiance (sans micro ni caméra cachée évidemment).

Vous dire que j'ai dû passer pas mal d'heures à entendre des horreurs est peu de choses. Une fois rentré en Europe, ils m'ont oublié, nous avons monté le film et il sortira en France le 25 novembre.

Aujourd'hui la supercherie démasquée grâce au site du film, les masculinistes ne peuvent s'empêcher de voir un complot. Au lieu d'un simple tournage, avec de simples producteurs, un simple réalisateur, une simple caméra, ils voient un gigantesque système d'espionnage impliquant les gouvernements des pays, le Conseil supérieur du statut de la femme, les chiennes de garde...

Ils s'inventent alors une histoire à la James Bond: une société secrète (l'"internationale anti-féministe") m'aurait démasqué pendant le tournage et les masculinistes filmés auraient introduit une puce avec GPS dans mon matériel pour m'espionner... Mais du coup, je pourrais alerter les services secrets franco-belges (je n'ai pas bien compris pourquoi mais ce n'est pas grave).

Enfin, ils concluent par "Si les féministes d'ici et d'ailleurs commencent maintenant à parrainer des opérations d'espionnage à caractère international, qu'est-ce que ce sera la prochaine fois, un commando terroriste?"

On pourrait en rire si tout cela n'éclairait, une fois de plus, la paranoïa dans laquelle ces hommes s'enfoncent tristement. Tellement certains de défendre le droit et la justice, ils ne peuvent concevoir que l'on s'oppose à leurs idées par des moyens simples: une caméra ou un stylo. Il faut du complot.

Mais ce raisonnement bizarre ne cesse de me poser question: s'ils ont compris dès le tournage que je les piégeais, pourquoi ont-ils continué à raconter des horreurs devant la caméra ?
(allez voir les vidéos sur le site, c'est assez drôle: http://www.ladominationmasculine.net/themes/42-masculinisme.html )

Pourquoi ont-ils poursuivi leur discours plein de haine et de diffamation (vis à vis de magistrats qu'ils aiment dénoncer nommément par exemple) ce qui pourrait leur provoquer quelques ennuis en justice ?

Ces hommes ne forment que de petits groupes, sorte de pointe de l'iceberg du machisme. Il est inutile de leur accorder trop d'importance. Leur attitude révèle néanmoins ce que représente la résistance au changement d'une société comme la nôtre. Le progrès provoque une réaction contre-émancipatrice comme l'ont bien mis en évidence de nombreuses féministes.

D'autre part, il montre combien la complexité d'une société moderne qui évolue, dans le bon ou le mauvais sens, provoque la naissance de théories simplifiant le système jusqu'à le faire entrer dans un mythe. Jusqu'à sa caricature extrême: l'invention du complot. Tantôt juif, tantôt franc-maçon, tantôt féministe, tantôt musulman, tantôt américain (le 11 septembre n'a pas eu lieu). Le complot permet de simplifier la pensée en une dualité du bien et du mal où l'auteur se situe toujours dans le premier camp.

Les masculinistes n'y font pas exception.

PS: je publie leurs commentaires ci-dessous (parmi les autres réactions)
Le vocabulaire ("vaginocratie" etc) est intéressant à analyser, ainsi que le ton de colère.

Pour répondre à un internaute, le film ne fait nullement référence à Bourdieu dont le titre du livre est une expression très ancienne souvent utilisée dans la littérature féministe. L'influence pour l'écriture du film est plutôt à trouver chez Beauvoir, Buttler, Delphy, Héritier...

vendredi 16 octobre 2009

Mitterrand, suite et fin

Florence Montreynaud vient de m'envoyer sa lettre ouverte à Frédéric Mitterrand.
Pas à un mot à retrancher.
Je vous la livre intégralement.

« PARLEZ POUR VOUS, M. MITTERRAND ! »
Lettre ouverte à Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture,
par le réseau "Encore féministes !"

Monsieur,
Quand vous avez été nommé directeur de la Villa Médicis, puis ministre de la Culture, s'’est vérifiée une « exception française »: dans les autres pays occidentaux, un homme ayant payé de jeunes prostitués à Bangkok et l'’ayant rapporté dans un récit autobiographique se serait de ce fait exclu de tout poste officiel.

Quand vous avez soutenu le chanteur Orelsan, vous avez déclaré « ne rien voir de choquant » dans la chanson « Sale pute ! » Ne percevoir que l’'expression légitime d'’un « dépit amoureux » dans des paroles comme « T’es juste bonne à te faire péter le rectum [...] On verra comment tu suces quand j’te déboiterai la mâchoire. [...] J'’vais te mettre en cloque (sale pute) Et t’avorter à l’'Opinel », et rapprocher Orelsan de Rimbaud ont achevé de donner la mesure de votre sensibilité culturelle.

Quand vous avez défendu Roman Polanski, poursuivi pour un viol sur une fille de 13 ans, en parlant d’une « histoire ancienne qui n’a pas vraiment de sens », vous avez banalisé le crime de viol, sur mineure qui plus est. On a alors appris que, dans une lettre à en-tête de la Villa Médicis, vous aviez minimisé, en le qualifiant d’'« écart », le viol d’une mineure commis par deux garçons que vous protégez. Vous persistez donc à secourir des agresseurs en vous plaçant au-dessus de la loi.

Quand le scandale éclate et que le 8 octobre vous vous expliquez au Journal de TF1, vous déclarez, au sujet de vos actes de prostitution à Bangkok : « Que vienne me jeter la première pierre celui qui n’a jamais commis ce genre d'’erreur au moins une fois dans sa vie ! » Selon vous, exploiter la misère en payant des actes sexuels ne serait qu’une « erreur », et vous la justifiez en osant prétendre qu’elle est générale.

M. MITTERRAND, NE PARLEZ PAS POUR NOUS !

NON, tous les hommes n’'ont pas payé pour un acte de prostitution ! Et toutes les femmes encore moins !
Respectez celles et ceux pour qui la sexualité humaine est la rencontre, dans la gratuité, de deux désirs !
Sur le site de "Encore féministes !", des hommes disent NON au viol et NON à la prostitution !

mercredi 7 octobre 2009

Pénis, phallus et zizis en tous genres


Nous recevons tous dans nos boîtes à messages de nombreuses publicités vantant les mérites de pilules absolument magiques puisqu'elles permettent, ni plus ni moins, d'augmenter la taille du pénis.

Imaginez la même publicité pour l'augmentation de la taille des oreilles ou des bras, tout le monde rirait à pleins poumons. L'argument de vente est pourtant aussi idiot avec la verge mais personne ne rit.

Peut-être parce que l'organe a, dans notre imaginaire, quelque chose de particulier, d'inexpliqué, lié au symbole de pouvoir qu'il représente. On peut remarquer à quel point l'espace public regorge de phallus. Les plots anti-stationnement ont souvent cette forme conique chapeautée d'une demi-sphère posée sur un bourrelet. Exactement comme les enfants dessinent les zizis en érection.

Certaines rues de Bruxelles étaient récemment ornées de ces plots anti-voitures sur les trottoirs. Taillés dans la pierre, ils avaient une forme de cubes allongés. Rien à signaler donc, si ce n'est que le concepteur n'avait pas pu s'empêcher d'ajouter deux boules à la base de l'objet...

Mais les publicités pour les pilules ont quelque chose de particulier: elles énoncent au premier degré les clichés sur les hommes, les femmes, le sexe et le plaisir dont on pourrait penser (ou souhaiter) qu'ils aient disparu depuis belle lurette.

Ci-dessous, vous trouverez une liste résumant les arguments tels qu'ils sont énoncés en anglais. Comme on peut penser qu'ils sont destinés aux hommes, on devine l'image projetée par les vendeurs sur les clients potentiels: des brutes épaisses sorties de la guerre du feu.

En résumé, le client est sensé penser qu'une grosse verge attirera les femmes comme des mouches (à condition qu'il médiatise son objet je suppose), que celles-ci auront immédiatement un plaisir décuplé par la taille de son engin tout neuf, qu'elles lui sauteront dessus, rêveront de lui, le prendront "pour leur dieu" (rien de moins) et enfin que les autres hommes en seront jaloux.

Les hommes que j'ai rencontrés dans le cadre d'une opération chirurgicale d'agrandissement du pénis (lors du tournage de mon film) étaient tout différents. Aucun ne pensait que sa vie sexuelle (ni le plaisir de sa compagne) n'en serait modifiée. Tous, au contraire, comprenaient parfaitement que l'opération était symbolique et que ce symbole était celui du pouvoir.
"Comme acheter une grosse Mercedes", m'a dit l'un deux.

Tout se jouait dans l'image qu'ils avaient d'eux-mêmes. L'un ou l'autre d'entre eux profitant même d'un voyage professionnel de sa compagne pour se faire opérer en secret. Il faut dire que, cicatrice mise à part, le résultat n'est pas très visible. Sauf peut-être dans la tête.

Car comme leur dit le chirurgien: "un centimètre dans le pénis, c'est un kilomètre dans la tête". Et parfois il ajoute: "allez, ça fait trois mille euros"...

Il serait d'utilité publique de faire connaître
aux adolescents les travaux sur l'anatomie du clitoris. Ils découvrirait que celui-ci est énorme (une partie infime est visible) et qu'il entoure tout le vagin. Qu'il est le lieu privilégié du plaisir chez toutes les femmes. Que les sex toys sont des projections des fantasmes des hommes (des trucs immenses) et que le jouet adapté à l'anatomie du plaisir de la femme est tout petit.

Les garçons souffriraient peut-être moins et les filles jouiraient peut-être plus...

Exemples des arguments publicitaires:

  • Every extra inch in your pants means an extra number in your phone
  • Having a big beast in your pants will make you a beast in bed.
  • Women don-t care about your money as long as your trunk is long and hard.
  • Your sweetheart will be on cloud nine if you enlarge your stick.
  • Enlarge your device and women will jump in your bed.
  • Why girls like it harder
  • She will dream of you every night
  • More inches will bring more power
  • Give joy to your beloved woman
  • Be a god of her intimate dreams
  • Intensify and double her pleasure
  • Become more attractive to ladies!
  • Inspire her to come everytime
  • You hate your male friend? After enlargement it can become your best friend


mardi 29 septembre 2009

Polanksi, Mitterrand et la bonne société

Dans une expression qui nous permet de nous demander s'il a bien toute sa tête, Frédéric Mitterrand avait récemment pris la défense d'un rappeur misogyne dont la "poésie" vantant la violence la plus basse envers les femmes: "Orelsan exprime le dépit amoureux avec des termes qui ne sont pas les miens mais il a le droit de l'exprimer, je ne trouve rien de répréhensible à la manière dont il le chante (...) Rimbaud a écrit des choses bien plus violentes"

Le voici, comme des tas de gens du cinéma français, à prendre la défense de Polanski.

Rappelons les faits: tout grand cinéaste qu'il est, Polanski, à plus de trente ans, a saoulé une gamine de 13 avant de la violer (relation sexuelle non consentie par pénétration anale). Réfugié en Europe, il a toujours fui la justice américaine, sachant qu'il risquait une lourde peine.

Qu'un violeur d'enfant soit jugé, cela choquera peu de monde. Cela se passe d'ailleurs tous les jours dans les tribunaux correctionnels et d'assises et personne n'y trouve à redire. On aurait plutôt tendance à entendre les foules hurler à la pendaison de ces délinquants par où vous imaginez. Opinion que je ne partage pas, vous l'imaginez, étant sur ce point, abolitionniste.

On pourrait évidemment parler du système ignoble qui ne prévoit aucune prescription. Mais sur ce point, pas un mot.

Car cette fois c'est différent. Et la seule différence tient en la personnalité du criminel. Que vous soyez puissant ou misérable, les jugements (médiatiques) vous rendront blanc ou noir.

Le problème est que le ministre de la culture, défenseur de Polanski, a lui-même écrit un autobiographique "la mauvaise vie" en 2005, et dont voici un extrait:

"J’ai pris le pli de payer pour des garçons [...] Évidemment, j’ai lu ce qu’on a pu écrire sur le commerce des garçons d’ici .[...] Je sais ce qu’il y a de vrai. La misère ambiante, le maquereautage généralisé, les montagnes de dollars que ça rapporte quand les gosses n’en retirent que des miettes, la drogue qui fait des ravages, les maladies, les détails sordides de tout ce trafic. Mais cela ne m’empêche pas d’y retourner. Tous ces rituels de foire aux éphèbes, de marché aux esclaves m’excitent énormément […] On ne pourrait juger qu’un tel spectacle abominable d’un point de vue moral, mais il me plaît au-delà du raisonnable […] La profusion de jeunes garçons très attrayants et immédiatement disponibles me met dans un état de désir que je n’ai plus besoin de réfréner ou d’occulter."

Lorsque l'on parle de "gosses, éphèbes, esclaves, jeunes garçons", il ne s'agit pas d'homosexualité, pratique légitime se pratiquant entre adultes consentants. On parle bien de violence sexuelle contre des mineurs.

Dans les deux cas, la personnalité prime et l'acte lui-même n'est pas remis en question. Il est même ici raconté en détail.

Mais comme à un certain niveau de notoriété tout devient permis, Mitterrand n'hésite pas à plaider l'indulgence pour son ami qui appartient à la bonne société. Et que les manants croupissent en prison.

« Si le monde de la culture ne soutenait pas Roman Polanski, ça voudrait dire qu’il n’y a plus de culture dans notre pays. Je suis très ému en en parlant parce que je trouve que c’est une chose épouvantable et totalement injuste. Roman Polanski est un homme de cinéma de réputation internationale et c’est une émotion très profonde parce que Roman Polanski est un homme merveilleux. Et de la voir ainsi jeté en pâture pour une histoire qui n’a pas vraiment de sens et de le voir ainsi pris au piège c’est absolument épouvantable. Et de la même manière qu’il y a une Amérique généreuse, il y a aussi une certaine Amérique qui fait peur et c’est cette Amérique-là qui vient de nous présenter son visage. J’apporte mon soutien à Roman Polanski. Le président de la république suit le dossier très attentivement, j’ai eu l’occasion d’en parler avec lui ce matin et je pense qu’il est au même diapason d’émotion que moi et que tous les Français... Je pense que tous les Français doivent être avec Roman Polanski dans cette épreuve ».

PS: suite aux nombreux messages reçus via Facebook, je n'ai pas d'opinion tranchée sur la question de la prescription. Mais il semble évident que des femmes ont dû attendre très longtemps pour parler de sévices vécus pendant l'enfance et porter plainte. La prescription empêche ce travail nécessaire pour les victimes...

jeudi 17 septembre 2009

parfois honte d'être un homme

S'il n'y a pas à mes yeux une manière féminine de faire de la politique (lire Gisèle Halimi à ce propos), il y a en tout cas des attitudes culturelles masculines bien typiques auxquelles la politique offre un espace théâtral proche de la caricature.

Ansi, Eric Besson (ministre français de l'immigration) nous a récemment gratifié d'un doigt d'honneur adressé à un journaliste (voir la vidéo). Geste viril par dessus tous les autres, il complète la panoplie outrancière d'un exécutif qui aime à jouer de la mâle attitude.

Mais ce qui m'étonne le plus aujourd'hui se retrouve une fois de plus sur internet. L'outrance est telle que l'on peut se demander s'il s'agit ou non d'une plaisanterie. Une publicité circule en effet pour un livre traduit de l'américain et que l'on peut acheter en ligne pour la modique somme de 29 euros sur un site intitulé "devenir un mâle dominant" ce qui commence bien.

Le programme du livre est d'enseigner une méthode pour "coucher avec plus de vingt femmes par mois". On songe à une plaisanterie mais il n'en est rien. Le site détaille en effet le sommaire de l'ouvrage où l'on trouve quelques perles du style "Le bouton caché qui transformera une connasse en salope assoiffée de sexe", "La méthode « du mâle dominant » pour passer du premier baiser au sexe proprement dit" ou encore "3 règles incontournables sur la façon de dépenser de l’argent pour les femmes."

Le site reprend ainsi par le menu tous les arguments justifiant une sexualité masculine de type prédateur.

Tout à fait honnêtement, il m'arrive de penser à acheter le livre. Je me dis qu'une fois mon numéro de carte bleue enregistré, je recevrai un message du style "êtes-vous à ce point idiot? vous venez de perdre 30 euros". Mais j'ai bien peur de recevoir au contraire un traité de misogynie.

Je vous le disais, j'ai parfois honte d'être un homme.

mardi 8 septembre 2009

Carrefour et les femmes

Voilà donc la nouvelle publicité de Carrefour.

Mettons-nous un instant dans la tête (même si l'on y est à l'étroit) des créatifs qui ont eu cette idée géniale.

Tout d'abord, le titre: art, ménager (on entend "ménage"), budget. Pour la femme, l'art se résume à la domesticité, les Arts étant dévolus aux hommes. Elle gère donc la maison et le budget de celle-ci. Sans doute pendant que monsieur gère des comptes beaucoup plus sérieux car il a fort à faire.

La femme est couchée, lascive, dans une position qui inspire le lit, le sommeil, la sieste tendre avec un compagnon voire un bébé (regardez bien la position du bras), voire même un compagnon-bébé.

Pieds nus, les cheveux attachés et l'épaule découverte, elle évoque la sensualité d'une desperate housewife: ménagère et futile mais sexy.

Enfin, l'aspirateur l'enlace, lui-aussi, mais à la manière d'un serpent pacifique disposé en point d'interrogation. Comme s'il ponctuait le titre pour le transformer en question: est-ce ainsi que l'on ménage son budget?

Bizarrement, il n'est pas branché. Mais que fait cette femme alanguie avec cet objet? Est-ce lui qu'elle ménage, protège, enlace? Ou bien n'est-ce qu'un objet transactionnel: occupez vous bien de la maison et l'on vous donnera de la tendresse en récompense.

Tout cela nous renvoie à l'imagerie traditionnelle des livres pour enfants où la maman brique la maison toute la journée et ôte son tablier pour accueillir son gentil mari pourvoyeur rentrant du boulot. Elle a dressé une jolie table et c'est à ce titre qu'elle reçoit un baiser. C'est une gentille maman et épouse.

Le point d'interrogation porte peut-être sur cet incertitude-là: vais-je obtenir une reconnaissance amoureuse en échange de mon travail domestique?

Allons Mesdames, au lieu de dormir, allez chez Carrefour !

(merci à Karen Willemsen et Marie Masmonteil)