Un peu partout dans le monde, la "crise" réveille de sa torpeur la classe moyenne qui commence à comprendre que cela n'ira pas mieux pour elle, dès demain.
Sans rapport visible avec la question économique, l'affaire Wikileaks sert de révélateur sur les attitudes des uns et des autres.
Contrairement aux discours volontairement très embrouillés des politiques et des journalistes de premier plan, la question économique repose sur des bases simples qui ne nécessitent pas de longues études pour être comprises.
Nous créons collectivement des richesses. Toujours plus de richesses. Une croissance molle signifie que nous avons créé ensemble un peu plus de richesses que l'année précédente. Nous devrions donc tous être un peu plus riches. Mais cette richesse est essentiellement créée via des entreprises et donc au profit de leurs détenteurs à qui d'autres personnes vendent leur force de travail, en échange d'un salaire gras ou maigre. Le tout fonctionne dans un système de compétition généralisée considérée comme une valeur en soi.
Compétition entre les travailleurs plus nombreux que les postes de travail raréfiés.
Compétition entre les entreprises qui produisent exactement les mêmes produits.
Compétition entre les individus en quête de formation (via des concours ou des filtres sociaux).
Etc.
Et tout cela produit donc un peu plus de richesse chaque année. Mais alors où est le problème? Où est la crise?
L'équation est simple: puisque la quantité de richesse peut être définie chaque année, si elle augmente d'un certain pourcentage, mettons un pour cent (ce qui n'est rien) et qu'une partie de la population voit sa richesse augmenter de quatre pour cent (ce qui est peu, par exemple Bernard Arnault, première fortune de France, a vu celle-ci gonfler de 56% en un an, source France 3), cela signifie que mécaniquement une autre partie de la population s'est appauvrie.
Tout cela dans le même pays, car le système est évidemment encore plus flagrant et violent lorsque l'on pose l'équation à l'échelle internationale et en considérant que des entreprises se sont totalement débarrassées de leur main d'oeuvre pour faire fabriquer leur production ailleurs par des esclaves.
Et la crise financière alors dont les détours semblent si complexes? Elle est simple aussi dans ses fondements. Les politiques sont élus et leur but premier est de se faire réélire. Ils gèrent des états où l'on espère faire régner la paix sociale. Or dans ce système où les uns s'enrichissent et les autres s'appauvrissent, il n'y a pas trente-six solutions à disposition des exécutifs.
-1. faire tampon financièrement pour maintenir hors de l'eau la partie la plus fragile de la population qui vote (ceux du dessous peuvent mourir dans les rues tant qu'ils sont suffisamment discrets, sans quoi on les chasse des villes comme à NYc). Maintenir des allocations, des services sociaux, des services publics sans trop faire payer les entreprises qui pourraient déménager ou disparaître dans le système compétitif international.
Et donc les état dépensent plus de ressources qu'ils n'en perçoivent. Ils doivent emprunter pour combler ce déficit et se retrouvent, comme tout citoyen endetté, dans les mains de leurs banquiers qui fixent les règles, et les taux usuriers.
-2. faire jouer la matraque contre ceux qui pourraient se révolter, surtout dans les quartiers où l'on vote peu. On utilise alors un système de culpabilisation pour justifier une violence légitime. On joue du discours sur l'insécurité, on désigne des coupables, les boucs émissaires.
-3. enfin diviser ceux qui pourraient comprendre qu'ils partagent les mêmes intérêts (par exemple, en France, exclure de la révision du système de retraites les agents RATP qui sont en position de bloquer la capitale pendant les grèves ou en Espagne utiliser l'état d'urgence contre les aiguilleurs du ciel en grève en laissant la presse dénoncer ces privilégiés qui prennent en otage et qui risquent donc maintenant la prison.) On peut aussi à cette fin utiliser une catégorie visible comme les Roms qui vont concentrer un instant tous les regards et servir d'exutoire en détournant l'attention pendant quelques semaines.
Il arrive un moment dont nous sommes peut-être proches, où ces trois leviers ne suffiront plus. Les états non seulement ne pourront plus emprunter mais auront même des difficultés à rembourser leurs dettes. Quant à l'outil sécuritaire et la possibilité de diviser la population, tout cela risque bien de provoquer violence et répression accrues.
Quant à l'affaire Wikileaks, elle sert d'excellent révélateur du système politique puisqu'elle vient jeter le trouble et force les structures à se rendre plus visibles. Moins par les révélations des télégrammes diplomatiques que par les réactions que cela entraîne. En effet, on entend de toutes parts des politiques, journalistes et chroniqueurs vedettes blâmer Julien Assange considéré maintenant comme un véritable terroriste (qui terrrorise t-il ?) pour avoir rendu visible ce qui devait rester secret.
On apprend ainsi que la Grande-Bretagne et la Belgique, généralement considérées comme des démocraties, hébergent sur leur sol des armes absolument interdites par les traités internationaux. On découvre que des états sont achetés, et surtout que les dirigeants élus disent publiquement exactement le contraire de ce qu'ils affirment en privé (les droits de l'homme progressent en Russie versus cet état s'enfonce dans une dictature maffieuse).
On découvre ainsi (le dire vous faisait passer pour un dangereux anarchiste) que quand les exécutifs des états démocratiques ne prennent pas leur décisions en visant le bien commun mais des intérêts particuliers qui maintiennent la structure, le silence ou la compromission des médias de masse ne relève pas d'un complot mais d'une organisation systémique ou décideurs et journalistes sont formés, sélectionnés et maintenus en place selon un canevas de pensée qui permet toute question, toute critique, toute réflexion, tant que le discours se situe à l'intérieur du système.
Que l'on vienne à se dire qu'il y a peut-être un problème justement avec le système et c'est toute la machine politique et médiatique qui se défend car le changement, la transformation radicale peuvent effrayer celles et ceux qui vivent confortablement sous les ors des palais, dans les beaux quartiers ou dans la chaleur des projecteurs.
Pendant ce temps, les quartiers populaires où la répression policière va et ira croissant, se retiennent de réagir violemment, cernés par beaucoup de peur, pas mal de honte, un fifrelin d'espoir entretenu et pas mal de système carcéral.
La soit-disant crise ne connaîtra aucune solution car il n'y en a pas à l'intérieur du système dont la mécanique figée ne peut s'adapter qu'à la marge.
Il faudrait pour cela nationaliser le crédit (aujourd'hui les banques privées ont ce droit de prêter de l'argent qui n'existe pas et en récupérer des intérêts bien réels), faire passer l'état d'esprit de la compétition à la solidarité, stimuler une économie coopérative où les travailleurs posséderaient l'outil de travail et où la rétribution du capital serait marginale au profit du travail et des services publics... Plus tout à fait le capitalisme et pas du tout l'économie centralisée (qui a elle déjà échoué).
Autant dire que cela n'arrivera pas puisque les véritables détenteurs des richesses ont verrouillé le système médiatique de masse et surtout les esprits par des décennies de discours manipulatoires.
Les digues empêchant les classes populaires de se révolter et les électeurs en colère de voter pour l'extrême-droite risquent bien de voler en éclats. Et rien n'y résistera.
Il y aura alors du sang dans les rues.
PS: Pour mieux comprendre ce qu'il se passe dans les quartiers populaires, voir "La tentation de l'émeute" un film de Benît Grimont (ARTE).
PS2: et s'il fallait une preuve de plus: http://www.lesoir.be/actualite/economie/2010-11-25/la-belgique-prochaine-cible-des-speculateurs-805457.php
PS3 à propos des mensonges sur la dette: http://plumaplumbum.over-blog.com/article-dette-a-claque-41025848.html
Sans rapport visible avec la question économique, l'affaire Wikileaks sert de révélateur sur les attitudes des uns et des autres.
Contrairement aux discours volontairement très embrouillés des politiques et des journalistes de premier plan, la question économique repose sur des bases simples qui ne nécessitent pas de longues études pour être comprises.
Nous créons collectivement des richesses. Toujours plus de richesses. Une croissance molle signifie que nous avons créé ensemble un peu plus de richesses que l'année précédente. Nous devrions donc tous être un peu plus riches. Mais cette richesse est essentiellement créée via des entreprises et donc au profit de leurs détenteurs à qui d'autres personnes vendent leur force de travail, en échange d'un salaire gras ou maigre. Le tout fonctionne dans un système de compétition généralisée considérée comme une valeur en soi.
Compétition entre les travailleurs plus nombreux que les postes de travail raréfiés.
Compétition entre les entreprises qui produisent exactement les mêmes produits.
Compétition entre les individus en quête de formation (via des concours ou des filtres sociaux).
Etc.
Et tout cela produit donc un peu plus de richesse chaque année. Mais alors où est le problème? Où est la crise?
L'équation est simple: puisque la quantité de richesse peut être définie chaque année, si elle augmente d'un certain pourcentage, mettons un pour cent (ce qui n'est rien) et qu'une partie de la population voit sa richesse augmenter de quatre pour cent (ce qui est peu, par exemple Bernard Arnault, première fortune de France, a vu celle-ci gonfler de 56% en un an, source France 3), cela signifie que mécaniquement une autre partie de la population s'est appauvrie.
Tout cela dans le même pays, car le système est évidemment encore plus flagrant et violent lorsque l'on pose l'équation à l'échelle internationale et en considérant que des entreprises se sont totalement débarrassées de leur main d'oeuvre pour faire fabriquer leur production ailleurs par des esclaves.
Et la crise financière alors dont les détours semblent si complexes? Elle est simple aussi dans ses fondements. Les politiques sont élus et leur but premier est de se faire réélire. Ils gèrent des états où l'on espère faire régner la paix sociale. Or dans ce système où les uns s'enrichissent et les autres s'appauvrissent, il n'y a pas trente-six solutions à disposition des exécutifs.
-1. faire tampon financièrement pour maintenir hors de l'eau la partie la plus fragile de la population qui vote (ceux du dessous peuvent mourir dans les rues tant qu'ils sont suffisamment discrets, sans quoi on les chasse des villes comme à NYc). Maintenir des allocations, des services sociaux, des services publics sans trop faire payer les entreprises qui pourraient déménager ou disparaître dans le système compétitif international.
Et donc les état dépensent plus de ressources qu'ils n'en perçoivent. Ils doivent emprunter pour combler ce déficit et se retrouvent, comme tout citoyen endetté, dans les mains de leurs banquiers qui fixent les règles, et les taux usuriers.
-2. faire jouer la matraque contre ceux qui pourraient se révolter, surtout dans les quartiers où l'on vote peu. On utilise alors un système de culpabilisation pour justifier une violence légitime. On joue du discours sur l'insécurité, on désigne des coupables, les boucs émissaires.
-3. enfin diviser ceux qui pourraient comprendre qu'ils partagent les mêmes intérêts (par exemple, en France, exclure de la révision du système de retraites les agents RATP qui sont en position de bloquer la capitale pendant les grèves ou en Espagne utiliser l'état d'urgence contre les aiguilleurs du ciel en grève en laissant la presse dénoncer ces privilégiés qui prennent en otage et qui risquent donc maintenant la prison.) On peut aussi à cette fin utiliser une catégorie visible comme les Roms qui vont concentrer un instant tous les regards et servir d'exutoire en détournant l'attention pendant quelques semaines.
Il arrive un moment dont nous sommes peut-être proches, où ces trois leviers ne suffiront plus. Les états non seulement ne pourront plus emprunter mais auront même des difficultés à rembourser leurs dettes. Quant à l'outil sécuritaire et la possibilité de diviser la population, tout cela risque bien de provoquer violence et répression accrues.
Quant à l'affaire Wikileaks, elle sert d'excellent révélateur du système politique puisqu'elle vient jeter le trouble et force les structures à se rendre plus visibles. Moins par les révélations des télégrammes diplomatiques que par les réactions que cela entraîne. En effet, on entend de toutes parts des politiques, journalistes et chroniqueurs vedettes blâmer Julien Assange considéré maintenant comme un véritable terroriste (qui terrrorise t-il ?) pour avoir rendu visible ce qui devait rester secret.
On apprend ainsi que la Grande-Bretagne et la Belgique, généralement considérées comme des démocraties, hébergent sur leur sol des armes absolument interdites par les traités internationaux. On découvre que des états sont achetés, et surtout que les dirigeants élus disent publiquement exactement le contraire de ce qu'ils affirment en privé (les droits de l'homme progressent en Russie versus cet état s'enfonce dans une dictature maffieuse).
On découvre ainsi (le dire vous faisait passer pour un dangereux anarchiste) que quand les exécutifs des états démocratiques ne prennent pas leur décisions en visant le bien commun mais des intérêts particuliers qui maintiennent la structure, le silence ou la compromission des médias de masse ne relève pas d'un complot mais d'une organisation systémique ou décideurs et journalistes sont formés, sélectionnés et maintenus en place selon un canevas de pensée qui permet toute question, toute critique, toute réflexion, tant que le discours se situe à l'intérieur du système.
Que l'on vienne à se dire qu'il y a peut-être un problème justement avec le système et c'est toute la machine politique et médiatique qui se défend car le changement, la transformation radicale peuvent effrayer celles et ceux qui vivent confortablement sous les ors des palais, dans les beaux quartiers ou dans la chaleur des projecteurs.
Pendant ce temps, les quartiers populaires où la répression policière va et ira croissant, se retiennent de réagir violemment, cernés par beaucoup de peur, pas mal de honte, un fifrelin d'espoir entretenu et pas mal de système carcéral.
La soit-disant crise ne connaîtra aucune solution car il n'y en a pas à l'intérieur du système dont la mécanique figée ne peut s'adapter qu'à la marge.
Il faudrait pour cela nationaliser le crédit (aujourd'hui les banques privées ont ce droit de prêter de l'argent qui n'existe pas et en récupérer des intérêts bien réels), faire passer l'état d'esprit de la compétition à la solidarité, stimuler une économie coopérative où les travailleurs posséderaient l'outil de travail et où la rétribution du capital serait marginale au profit du travail et des services publics... Plus tout à fait le capitalisme et pas du tout l'économie centralisée (qui a elle déjà échoué).
Autant dire que cela n'arrivera pas puisque les véritables détenteurs des richesses ont verrouillé le système médiatique de masse et surtout les esprits par des décennies de discours manipulatoires.
Les digues empêchant les classes populaires de se révolter et les électeurs en colère de voter pour l'extrême-droite risquent bien de voler en éclats. Et rien n'y résistera.
Il y aura alors du sang dans les rues.
PS: Pour mieux comprendre ce qu'il se passe dans les quartiers populaires, voir "La tentation de l'émeute" un film de Benît Grimont (ARTE).
PS2: et s'il fallait une preuve de plus: http://www.lesoir.be/actualite/economie/2010-11-25/la-belgique-prochaine-cible-des-speculateurs-805457.php
PS3 à propos des mensonges sur la dette: http://plumaplumbum.over-blog.com/article-dette-a-claque-41025848.html

Wow! Un texte brillant! Bravo!
RépondreSupprimer"Les états non seulement ne pourront plus emprunter mais auront même des difficultés à rembourser leurs dettes"...
RépondreSupprimerA propos de la dette justement, connaissez-vous la loi Pompidou-Giscard?
http://plumaplumbum.over-blog.com/article-dette-a-claque-41025848.html