Après Polanski, DSK sert de révélateur.
Il faut remarquer tout d'abord que l'affaire est banale. On parle de 25.000 viols en France chaque année. On cite le chiffre de 100.000 aux Etats-Unis. Et en réalité, on n'en sait rien. Tout d'abord parce que les victimes souvent ne portent pas plainte, enfermées dans la honte, et donc ne grossissent pas les statistiques. D'autre part, le viol est perpétré le plus souvent par un agresseur connu de la victime: mari, amant, patron, collègue, voisin. Enfin, la question du consentement est parfois délicate à mesurer quand il s'agit d'une victime habituelle qui ne se débat même plus, sachant que son sort est scellé ou d'une jeune fille dont le petit ami a extorqué les faveurs sexuelles avec un peu de violence, un peu de chantage, beaucoup de pression...
L'affaire DSK est donc un excellent révélateur de l'ambiance et des idées.
On savait depuis longtemps que le personnage avait "un problème". Une femme s'est même plainte à la télévision d'avoir été victime d'une tentative de viol, déjà. Et quand l'affaire éclate, les clichés et poncifs sur le phénomène du viol refont surface.
On ne violerait pas quand on a les moyens de se payer une prostituée de luxe. On ne violerait pas quand on est assez séduisant pour faire des rencontres sexuelles. On ne violerait pas quand on a une telle intelligence. On ne violerait pas une femme qui est laide.
Une fois de plus est entretenue la confusion entre le désir sexuel et le besoin pathologique de dominer violemment. Ce qui est bon pour le nevropathe drogué à la prostitution c'est qu'il paie. Ce qui est bon pour le violeur c'est qu'il prend de force. Rien à voir avec le désir.
Ce qui frappe, c'est que l'homme menotté a un visage connu, c'est qu'il représente une catégorie sociale qui fixe les règles, qui préside aux choix politiques nationaux et même ici internationaux. Il faut tout à coup accepter l'idée qu'il s'agit d'hommes et de femmes avec les mêmes problèmes, pulsions, manies, angoisses. Une sorte de caste d'intouchables mais à l'envers.
Car ce qui s'est entendu les premières heures c'est que cet homme si intelligent, un ami que l'on connait si bien, un homme que l'on connaît depuis plus de trente ans ne peut commettre un tel acte. Toujours la même vision du violeur pervers dont le vice se porterait sur le visage. Si l'on savait qui parmi nos élus et nos stars frappe sa compagne ou ses enfants, viole ou pire, on serait peut-être surpris.
Comment peut-on trainer un homme ainsi? Le menotter !
Et pourtant... Il m'est arrivé, lors d'un tournage, d'être confronté à des hommes dans des cellules d'un palais de justice en l'attente d'une comparution immédiate. Des hommes jeunes souvent. Pauvres toujours. Leur délit était bien mince, parfois pas très clairement établi. Dans de nombreux cas, ils étaient enfermés et prendraient des mois de prison ferme simplement parce qu'ils étaient des étrangers illégaux sur le territoire. Pas de violence, pas de viol, même pas de vol. Juste la présence.
Je me souviens d'être entré dans une des cellules sordides où l'un d'entre eux attendait. Un Africain d'une trentaine d'années. Il ne savait pas où il était car personne ne le lui avait dit. Comme il a vu la porte s'ouvrir et mon visage apparaître, il s'est dressé d'un bond et les yeux terrorisés, m'a tendu ses poignets pour que je lui passe les menottes. Il me prenait pour un policier. Car cet homme dont la simple présence était un délit se déplaçait menotté, tenu en laisse par un policier qui souvent l'insultait. Je vous laisse imaginer la qualité de la défense qu'il opposerait au ministère public...
Difficile après cette expérience de s'apitoyer sur un homme hautement soupçonné de viol et qui peut encore se payer les meilleurs avocats de la planète.
Mais plus intéressante est à observer la réaction face à la diffusion des images de l'homme politique menotté. Les émissions radio de libre antenne nous offrent des heures de stupéfaction, de colère même face à la violence du système judiciaire que les auditeurs semblent découvrir. Comment peut-on montrer une telle image?
Il faut remarquer que les personnes qui s'expriment n'ont pas la télévision américaine et que ce sont bien des chaînes françaises et européennes qui ont diffusé les vidéos. Rien ne les forçait à le faire sauf évidemment la compétition à l'audimat. Ce sont même souvent leurs propres caméras qui ont pris les images. Mais les coupables seraient les policiers qui ont exhibé l'homme devant elles. Autrement dit: "ne nous montrez pas ce que nous allons filmer et trouver scandaleux de diffuser ensuite". Des heures de débat d'une hypocrisie délirante.
Autre argument: le ras le bol du puritanisme américain qui oblige hommes et femmes à se tenir à distance et à considérer tout et rien comme du harcèlement sexuel. Comme s'il s'agissait de cela. Qu'il soit coupable ou non, on parle ici de viol et plus précisément de séquestration et de tentative de fellation forcée. De la même manière, dans le cas Polanski, il s'agissait on s'en souvent de la sodomisation d'une mineure à qui on a fait boire de l'alcool. Qu'un type inconnu touche au cheveu d'un enfant et la foule se précipite pour les lui couper et l'enfermer à vie. Que l'agresseur présumé soit une star ou un homme politique et voilà que les mêmes affichent une mansuétude qui relativise les agressions les plus violentes.
Inutile aussi de s'appesantir sur les fantasme habituels de complot. Le 11 septembre n'a pas eu lieu et pour les chambres à gaz on hésite encore. Face à la stupéfaction, il arrive que pour certaines personnes il soit plus confortable de remettre en doute le fait plutôt que d'en accepter la possibilité. On invente alors un faisceau d'éléments qui racontent la machination souvent très complexe. Par la sélection des informations, certains s'enfermeront durablement dans ce type d'explication. Des livres seront publiés, on peut déjà le présumer. C'est l'habitude.
DSK sera coupable ou non, on n'en sait rien. Il peut avoir des antécédents et être accusé à tort. Mais déjà les réactions publiques témoignent d'une ambiance où l'on pense à tout sauf à cette femme de chambre, noire, élevant seule ses enfants, sans doute payée au lance-pierres et qui semble bien avoir vécu une agression traumatisante.
Si DSK n'est qu'un agresseur présumé à ce stade. Cette femme est aussi une victime présumée.

Ca c'est un bon texte !! il y a la différence entre le désir et le besoin de dominer, l'apitoiement à géométrie variable, la symétrie entre l'agresseur présumé et la victime présumée. Bravo
RépondreSupprimerVotre article utilise maintes techniques rhétoriques d'objectivité, mais ses prémisses, développements et conclusions en particulier montrent sa subjectivité. La femme "noire", "élevant seule ses enfants", "sans doute payée au lance-pierres" et qui "semble bien…" c'est du pathos et une sentence de votre part, vous qui n'avez pas les éléments pour en juger. C'est ce qu'on appelle du faux journalisme, ou encore de la manipulation intellectuelle: on feint le rationnel et la distance pour amener à l'émotionnel et au jugement à l'emporte-pièce…
RépondreSupprimerJe ne vous dis donc pas bravo mais plutôt, reprenez vos études en commençant par le procès de Socrate.
Enfin je précise que je ne suis pas un soutien de DSK et que s'il est coupable il doit être condamné à l'identique (ni plus, ni moins) de tout justiciable non célèbre.
Mais vraiment personne ne vois pas l’énorme différence et fragilité comme celle d'un personnage publique traqués par les médias et une inconnue, dont la vie privé et le nom restent comme même dans l’anonymat? Vraiment ce plainte sa "sent" pas?Pour exemple : que est que est devenu le plainte contre le fondateur de Wikileaks, et sa presumé "agression sexuelle"? DSK est "égal" en front la lois américaine, mais de fait il ne l'est pas, parce que sa fonction à la tête de l'FMI l'a rendu une cible intéressant, pour les détracteurs de l'Euro(qui est plongé immédiatement après les images de "mise à mort médiatique" comme les a bien définis Badinter) et des imprountes au pays en difficulté comme la Grèce et le Portugal
RépondreSupprimerTrès bien pensé ! Très bien écrit !
RépondreSupprimertrès bon article, faisons entendre une autre voix que celle des médias et de la classe politique (y compris PS sans vergogne, je suis très choquée que ce soit à ce point) qui défend la domination extrême, de celui qui possède tout, le pouvoir, l'argent, est un homme, et qui devrait pouvoir absolument tout posséder sans qu'on l'inquiète, y compris le corps d'une autre, qui - c'est une présomption - ne le voulait pas.
RépondreSupprimerPlus que défendre l'accusé - laissons la justice suivre son cours - certains, sans surprise hélas, s'appliquent en fait à défendre le droit ancestral des hommes riches à trousser des "soubrettes". Je ne citerai pas de noms, ils s'étalent dans les médias.
RépondreSupprimerMerci pour cette réaction.
Qui est le plus hypocrite ? Un homme piégé par la mafia féministe ou un cinéaste imposteur de second rang qui produit un documentaire qualifié de « terroriste médiatique » par Éric Zémour ?
RépondreSupprimer@Flavia : si votre connaissance de l'économie était meilleure que celle de l'orthographe, vous sauriez que l'Euro n'a rien à craindre de la disparition de DSK.
RépondreSupprimer@patricjean : superbe article! Bravo!
C'est un révélateur mais il le sera plus certainement s'il est condamné. s'il ne l'est pas, on revient à la case départ.
RépondreSupprimerJ'espère pour ma part l'affaire Polanski nuise à fond à DSK. Ce ne serait que justice. Et j'espère que d'autres plaintes vont s'élever pour l'enfoncer parce qu'il a visiblement un passif tellement énorme ! Cela ne devrait pas être si dur. Si on excepte les gros bras qui travaillent pour lui et qui veillent à assurer son blanchiment quitte à écarter brutalement quelques gêneuses...
Je souscrit complètement à votre article sauf à sa conclusion. DSK n'est pas un agresseur présumé à ce stade, mais présumé innocent commme chacun devrait le savoir ou se forcer à le croire. Et la symétrie malheureuse concernant la plaignante veut donc qu'elle soit présumée menteuse, puisque leurs paroles s'opposent, pour ce qu'on en sait.
RépondreSupprimerJe ne suis pas convaincue que la justice américaine soit égalitaire, et elle cherche à se dédouaner en montrant longuement DSK aux télévisions. La parole d'un riche puissant blanc face à une pauvre noire.. quelle mascarade d'entrée de jeu.. et quand bien même le jury populaire décide de la vérité judiciaire de l'affaire, on ne saura jamais la vérité vraie des faits, ce qui entretiendra pour toujours des fantasmes la dessus.
RépondreSupprimerOn n'a jamais trouvé le véritable assassin de la femme d'OJ Simpson.
anonyme dit des bêtises; DSK est bel et bien présumé autant coupable qu'innocent. Comment autrement le procureur pourra-t-il réclamer une peine contre lui, et ce, avant que le jury ne se prononce ?Est-ce qu'on lui opposera la présomption d'innocence ? Celle-ci ne veut dire qu'une chose : que c'est à l'accusation de prouver la culpabilité. Et elle n'a pas pour "symétrie" que la victime présumée soit de surcroît présumée menteuse. Vous prenez vos désirs pour des réalités, mais c'est bien masculin, je veux dire bien normal.
RépondreSupprimerJe pense que l’affaire DSK donne une opportunité sensationnelle pour dénoncer et enfin mettre en lumière le machisme dans notre pays, responsable des crimes contre les femmes et les enfants mais aussi et en finalité contre les hommes eux-mêmes.
RépondreSupprimerIl n’y a pas un jour qui se passe sans que l’on entende aux informations qu’une femme ou une petite fille ait été victime d’un meurtre ou d’un viol. Je me pose alors cette question :
Pourquoi les familles de victimes et quand cela est possible, la victime elle-même ne se regroupent-elles pas en association pour dénoncer le sexisme ou le machisme, ce premier racisme qui pollue notre planète ?
Cela ferait avancer à coup sûr la cause des victimes mais cette fois sous une approche différente qui viendrait s’additionner aux actions des mouvements féministes, car elle serait d’emblée le combat de familles entières, regroupant ainsi et automatiquement des hommes et des femmes dans un seul et même combat, celui de protéger l’ensemble de la société contre ce fléau qu’est le machisme.
Il y a bien des associations qui regroupent les victimes des attentats, de la circulation, etc…
Du même coup, les associations féministes seraient bien plus crédibles et bien plus entendues qu’elles ne le sont aujourd’hui, puisque ce serait toute une partie de société sans distinction de sexe qui se mobiliserait et se sentirait concernée par ce problème et les innombrables maltraitances qui en découlent.
Cette question me tient tellement à cœur que j’éprouve le besoin de vous confier les idées qui me viennent. Je serais ravie qu’elles puissent servir la cause des femmes contre ces injustices inadmissibles d’un autre âge qui malheureusement perdurent.
J'ai vu votre film "La domination Masculine" en avant-première à Paris. Je vous dis bravo pour ce film, pour votre courage, pour vos engagements et vos idées. Mille fois merci au nom de toutes les femmes qui souffrent du machisme.
Les réactions transmises par les médias, d'amis, de connaissances du présumé coupable ou innocent ont l'effet pervers de conduire ceux qui recherchent un peu de décence dans cette histoire à contrebalancer par la défense de la présumée victime ou affabulatrice.
RépondreSupprimerCet article a le mérite de remettre les pendules à l'heure.On assiste à une pré-procès de comptoir, dans lequel des préjugés choquants sur le profil du violeur et de la victime font office de preuves.
Il est triste de constater encore une fois que depuis leur canapé en face de leur télévision, certains peuvent déjà affirmer qui est coupable et qui est victime dans cette histoire...
Il va falloir aux victimes encore un peu plus de courage pour révéler leur histoire après avoir réalisé à quel point les préjugés sont bien ancrés dans notre société. Bon courage.
@bisbille : "un homme piégé par la mafia féministe"... Prix du délire du jour!! Je me demande quelle maladie psychique peut entrainer de tels commentaires.
RépondreSupprimerVoici un billet sur une étrange perception de l'affaire DSK:
RépondreSupprimerhttp://vanessa-schlouma.blogspot.com/
Deux journalistes du Canard enchaîné sexistes ou machistes?
Ce qui m'étonne est que personne ne semble remarquer qu'aux USA une pauvre pourra plus facilement qu'en France espérer un peu de justice car la justice est moins lente (bien des français renoncent à se faire indemniser quand l'affaire est instruite pendant des années avec des frais d'avocat réguliers et lourds pour leur budget) un procureur de New York se doit de veiller à sa réélection certes mais il n'est pas imaginable que le président des USA intervienne. Ajoutons que de grands avocats pourront se dévouer pro bono ou parce que les dommages et intérêts sont plus importants, le résultat est le même pour les victimes une chance supérieure de se défendre.
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