jeudi 23 juin 2011

Le clitoris !

La nouvelle campagne d'Osez le féminisme à propos du clitoris n'aura échappé à personne ! Certains parviennent à se demander pourquoi une organisation si politique s'intéresse à cet organe.

S'il est une partie du corps de l'être humain qui est politique, c'est bien celle-là. On sait aujourd'hui en effet que le clitoris est l'instrument essentiel (pour ne pas dire presque unique) du plaisir sexuel féminin. L'hypothèse la plus en vogue chez les spécialistes précise même qu'un orgasme féminin survenant lors d'une pénétration vaginale serait d'origine clitoridienne. Là aussi, Freud s'était bien trompé.

L'éducation sexuelle des enfants leur fait découvrir que le petit garçon se différencie des filles par un petit plus bien visible: un petit oiseau, un robinet, un zizi. La fille elle en est privée et l'enfant découvre même qu'elle est porteuse d'un vide, d'un manque, d'un trou. Or, pour être exact, il faudrait leur apprendre  que la petite fille, loin d'être moins bien pourvue, est porteuse d'un organe ne servant qu'au plaisir et à rien d'autre. Alors que le petit garçon doit se contenter d'un organe couteau-suisse qui sert à uriner, se reproduire et avoir du plaisir...

Il suffit de discuter avec des parents pour se rendre compte à quel point le clitoris et un tabou immense. Même dans les milieux les plus libérés, officiellement. Caroline De Haas a remarqué qu'une exposition récente à la Cité des sciences à Paris faisait le tour de la question sexuelle pour les enfants, oubliant tout simplement ce "détail" du corps des femmes.

Le professeur Foldès (célèbre urologue spécialiste de la réparation clitoridienne) parle d'excision symbolique quand il fait voir des planches anatomiques où le clitoris a disparu. Il m'a un jour montré sur le site internet de l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé) le nombre d'occurrences dans la base de données pour les mots verge et clitoris. Des milliers pour le premier et aucune pour le second...

Pourtant, le clitoris est bien connu de la médecine et ce depuis l'antiquité. Hippocrate le décrivait comme l'organe du plaisir féminin. Il apparaît dans la littérature médicale dès le XVIème siècle comme le siège du plaisir féminin.

Alors pourquoi cette gène, ce silence, ce tabou? Pourquoi encore ces sex toys qui ne correspondent qu'à une imagerie sexuelle n'ayant rien à voir avec l'anatomie féminine. Pourquoi ces complexes masculins entretenus à propos de la puissance et de la verge?

En tant qu'hommes, la plupart d'entre nous ont découvert très tard l'importance du clitoris. Ni les éducateurs, ni les médias n'en parlaient. Nos premières partenaires n'en savaient pas plus que nous.
Et ce n'est sans doute pas un hasard. L'idée que les femmes puissent s'éclater sexuellement est inquiétante pour les hommes en couple. Leur plaisir est synonyme de leur liberté, de leur désir de découvrir et d'expérimenter (avec d'autres). Une "femme frigide" sera toujours fidèle. L'idée d'appropriation et de propriété de la femme et des enfants par le "chef de famille" reste présente, sans doute inconsciemment, chez beaucoup d'entre nous. Le modèle familial enferme chacun dans son rôle où la femme est bien souvent la perdante. Sur le plan sexuel aussi très certainement.

L'expression "osez le clitoris" est donc très judicieusement choisie. Elle invite à expérimenter, à inventer, à découvrir, à être libre... A l'encontre de l'image caricaturale des féministes. Les défenseurs de "la famille" n'apprécieront pas. Et c'est tant mieux.

7 commentaires:

  1. Il y a un mot que j'ai envie d'écrire sous chacun de vos articles... MERCI :)

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  2. Laisse parler les femmes ;-)

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  3. Merci merci merci !

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  4. C'est vrai que les hommes trouveront plus facilement un "bistrot" qu'un "clitoris" !

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  5. En effet, MERCI et une fois de plus je suis bien en accord...J'avais osé sur mon ancien blog écrire qq mots sur ce que j'avais nommé (je ne suis pas la seule) "des boutons de roses de par le monde"...peut-être un peu hors sujet en suivant la lecture de votre billet (c'était un de mes coups de grisou concernant l’excision)

    on peut aussi en parler ainsi...
    Blason
    Forme de poème court, datant du XVIe s. décrivant élogieusement ou satiriquement quelqu’un ou quelque chose

    Les Blasons Anatomiques Du Corps Féminin (1536)
    Clément Marot semble être à l’initiative de la publication en 1536 d’un ouvrage nommé “Les Blasons Anatomiques Du Corps Féminin”. Ce recueil rassemble plusieurs blasons honorant le corps féminin, sur le modèle l’épigramme du “Beau Tétin” qu’a écrit Clément Marot à l’intention de quelque belle demoiselle. Voici une nomenclature des Blasons qui composent cet ouvrage :
    – la Chevelure blonde, par de Vauzelles
    – le Coeur, par Albert le Grand
    – la Cuisse, par Lelieur
    – la Main, par Claude Chapuys
    – l’Oeil, par A. Heroet
    – l’Esprit, par Lancelot Carle
    – la Bouche, par Victor Brodeau
    – la Larme, par Maurice Sceve
    – l’Oreille, par Albert le Grand
    – le Sourcil, par Maurice Sceve

    Il est fort à penser que cette liste n’était pas étrangère à Georges Brassens, et qu’il a pris coquin plaisir à la compléter.

    Il doit être bien difficile pour une femme de ne pas ressentir la tendresse et le respect dont Georges Brassens fait ici preuve à leur égard. Magnifique hommage sur un sujet bien délicat à traiter et notez que par deux fois, il utilise le terme “madame”, en signe d’humilité manifeste.

    http://youtu.be/6lVhNSnXUeg
    Cordialement

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