mardi 7 juin 2011

Retournement

Il règne depuis quelques temps une ambiance de retournement de situation que je n'avais pas anticipée. Les combats légitimes pour l'égalité hommes femmes, pour la justice sociale, ou simplement pour une société plus pacifique sont attaqués de front non plus seulement par ceux qui militent contre le bien commun mais également par les tenants d'une pensée libertarienne qui s'ignore, se pense parfois de gauche et a le vent en poupe.

Ainsi, les revendications pour le respect mutuel deviendraient des "prêts à penser liberticides" empreints de "totalitarisme bien pensant" et politiquement corrects, insulte suprême.
Regretterait-on le temps où l'on pouvait moquer les "nègres", les "youpins", les "bicots", les "pédés" ou les "pouffiasses"? Au nom d'une égalité de droit maintenant acquise, chacun pourrait insulter l'autre sans tenir compte de son histoire, voire des inégalités toujours en action?
Tout discours contraire serait donc une atteinte à la liberté... de mépriser l'autre en toutes lettres et publiquement. 

Et l'on retrouve cette habitude dans presque tous les domaines de la vie. Limiter la vitesse sur les routes devient limiter la liberté individuelle. Limiter le taux d'alcool permis au volant aurait le même effet. Même chose pour la cigarette. Il suffirait de généraliser la confiance en chaque individu capable d'estimer s'il roule trop vite, s'il a trop bu, si son tabac dérange un non fumeur ou si ses gestes et propos sont racistes, sexistes ou simplement un trait d'humour. 
L'individu comme juge et partie de chacun de ses gestes. Plus de norme sociale. La jungle.

C'est oublier les siècles de colonialisme, de patriarcat qui continuent de forger nos comportements même si nous y prenons garde. Personnellement, j'estime avoir besoin de gardes-fous. Besoin de règles sociales à respecter et qui me protègent.

Mais aujourd'hui, cette lutte pour la liberté individuelle totale en arrive à des sommets peu prévisibles. Il s'agirait même de banaliser le sexe entre adulte et enfant. On a lu un ministre français s'épancher sur son désir de consommation de jeunes esclaves sexuels en Thaïlande. On a vu récemment un avocat peu ragoutant déclarer sur France 3 (Ce soir ou jamais) sa colère de ne pouvoir s'exprimer sur cette question interdite du sexe avec des enfants. Ou encore un évêque espagnol clamer que des enfants désiraient le sexe avec les adultes...

Notre surmoi social deviendrait donc trop encombrant pour certains. Mais qui sont-ils à mieux y regarder? On les trouvera en masse chez les hommes, blancs, hétérosexuels, d'une classe sociale qui n'a pas trop à souffrir de la crise, etc. En gros, ceux dont je fais partie et dont on ne se moque pas. Une sorte de point neutre idéologique. Ceux qui possèdent l'essentiel du pouvoir et des richesses de la planète.

Ils invoquent très adroitement la défense de la liberté d'expression mise à mal par des principes moralisateurs ou puritains. Or on peut être pour une totale liberté d'expression quand il s'agit d'opinions. Que quelques malades mentaux continuent d'affirmer que les chambres à gaz n'ont pas existé peut ne pas inquiéter plus que le discours de patients se prenant pour Napoléon, César ou pensant avoir été enlevés par des extra-terrestres. On peut même dire que leur pathologie nous oblige en permanence à la pédagogie et nous interdit de baisser la garde.

De la même manière, on peut prôner une liberté de moeurs la plus large, sur le plan du sexe (entre adultes consentants), de la famille (sous toutes les formes imaginables), de la parentalité (avec ses nouvelles acceptions) tout en exigeant le respect pour l'intégrité de chacun.

Ce qui semble s'instiller aujourd'hui dans le débat public et donc les conversations, c'est bien l'expression des idées les plus réactionnaires passées au tamis de l'utralibéralisme, prônant l'individualisme le plus extrême au nom de la liberté et jouant du lexique très habilement.

Sachons y répondre...


3 commentaires:

  1. Bonsoir, ça me fait penser à la lettre de Philippe Caubère, "Moi, Philippe Caubère, acteur, féministe, marié et «client de prostituées»", qui se plaint que l'on s'en prenne à la liberté de ces hommes, blancs, dans leur intimité... Comme il parle bien, je me suis surprise à me dire que parfois il avait raison... avant de me mettre une grande baffe pour me réveiller et réaliser à nouveau à quel point il est nombriliste. Et je me souviens aussi de ses propos sur la tauromachie, violents, surtout ceux envers les anti-corrida, qu'il traitait de fascistes. Ces gens défendent par leurs mots, leur intelligence ces violences faites aux femmes, aux animaux, pour se rendre service. Je hais la corrida et ne peux en aucun cas y trouver la moindre excuse. Concernant la prostitution, je crois aux témoignages de celles qui l'ont quitté et disent: vous avez eu tord de me croire quand il y a deux ans je vous affirmais que j'assumais mon métier. Je me mentais à moi-même! Mais elles ne peuvent venir en discuter à la télé, dans les journaux...

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  2. Ce qui choque dans l'attitude que vous dénoncez et que j'ai remarquée aussi depuis quelque temps c'est la récupération et le dévoiement des outils des dominé.e.s. Là c'est la revendication de liberté qui est récupérée à des fins individualistes et contraires au contrat initial de la société (exploiter, insulter ou se soustraire aux règles de vie communes). Le procédé ne saute pas aux yeux mais il n'en est pas moins honteux.

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  3. mauvaise herbeJun 24, 2011 02:12 PM

    Merci à vous patric jean pour ce travail indispensable d'éclairage, et si les hommes sont bien peu nombreux à se sentir concernés par les luttes féministes, Léo Thiers Vidal était bien isolé, vous êtes avec Richard Poulin, Martin Dufresne des alliés précieux. Merci à vous encore de permettre à nombre d'entre nous de nous dire qu'il existe des hommes qui aiment les femmes.

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