dimanche 11 décembre 2011

L'abolition de la prostitution et un réseau d'hommes: ZéroMacho

Cette fois, ça y est. Ce n'est encore qu'un symbole mais l'Assemblée nationale française a voté à l'unanimité le principe de l'abolition de la prostitution. Reste à s'entendre sur les moyens à mettre en place dans cette perspective.

Il n'empêche qu'il s'agit d'un moment historique où hommes et femmes de tous partis s'entendent pour considérer la prostitution comme une violence dans tous les cas, que les personnes prostitués semblent libres et volontaires, ou non.

Dans cette perspective, nous avons créé avec quelques hommes le réseau "ZéroMacho". Florence Montreynaud qui en a eu l'idée nous a ainsi baptisés, prouvant par là qu'elle est toujours utopiste...

Il s'agit d'afficher, pour nous hommes susceptibles d'êtres clients, notre volonté manifeste de refuser le principe de la prostitution. Nous ne parlons ni au nom des personnes prostituées, ni au nom des proxénètes, ni au nom des clients. Seulement au nom de la masse silencieuse des 90% qui n'ont jamais et n'iront jamais louer le corps d'une femme, ou d'un homme. Notre parole n'est évidemment portée par aucune justification religieuse ou morale et nous sommes pour une liberté sexuelle totale. C'est seulement une position politique qui nous meut et nous pousse à nous exprimer. Nous demandons l'abrogation de la loi française sur le racolage (qui s'en prend aux victimes) et le vote d'une loi punissant le client, comme en Suède où la prostitution a ainsi été réduite de moitié.

En tant qu'un des porte-parole de ZéroMacho, j'ai eu à affronter dans les médias les tenants de la prostitution qui serait parfois "libre, volontaire et assumée". Le comédien Caubère, une représentante d'Europe Ecologie les Verts (Anne Souyris) et une anthropologue (Marie-Elisabeth Handman).

Les arguments sont les plus vieux du monde: "puisque des personnes vous disent qu'elles sont volontaires, pourquoi combattre ce qu'elles vivent et le considérer comme une infamie". Or je visitais justement aujourd'hui l'exposition "Exhibition, l'invention du sauvage" sur les femmes et hommes exhibés dans les foires et autres zoos humains au nom de leur étrangeté ethnique. On y apprend qu'au début du XXème siècle, les familles exposées dans les jardins d'acclimatation derrière des clôtures, comme des animaux, étaient en fait volontaires et rémunérés... 
Fallait-il continuer à tolérer ces cirques dégradants, au nom de la volonté individuelle de celui que l'on exhibe?

Un ami me disait récemment que s'il mettait une annonce proposant un travail de manoeuvre à 70 heures semaine, payées une misère, sans contrat, sans protection sociale, sans assurance et sur un chantier à risque, une file de "volontaires" se constituerait rapidement devant sa porte. 

Peut-on considérer comme liberté les conditions objectives et subjectives qui poussent femmes et hommes à se soumettre aux pires violences et humiliations?

Car nous savons que 80 à 90% des personnes prostituées ont vécu le viol, l'inceste ou des violences sexuelles avant d'être sur le trottoir. On sait que l'immense majorité de ces personnes sont forcées à se prostituer soit physiquement, soit par des conditions économiques qui les placent dans des stratégies de survie.

Je me suis pourtant entendu dire par le "féministe" (sic) Caubère, qu'il louait le corps de femmes au nom de sa liberté sexuelle (à lui). L'anthropologue (re-sic) Marie-Elisabeth Handman a tenté de me démontrer que travailler avec sa main ou son vagin, c'était du pareil au même. 

Ce qui me semble transparaître dans tous les cas, c'est le mépris social. Car mes interlocuteur(trice)s n'ont jamais imaginé se prostituer et ne l'envisagent pas non plus pour leurs enfants ou leurs proches. Ce sont de grands bourgeois qui considèrent que pour les femmes de la plèbe, louer son corps n'est pas si grave.

En ce qui nous concerne, nous les signataires du Manifeste Zéro Macho, le corps des femmes n'est pas un objet que l'on loue. Nous avons de notre propre sexualité, quelle qu'elle soit, une estime qui ne la rabaisse pas à une décharge physiologique. Nos ancêtres se tiennent debout depuis des millénaires et nous en sommes fiers.
 
 

7 commentaires:

  1. Encore une fois les mots justes, les phrases claires et concises pour défendre ce point de vue. J'ai tant de peine à m'exprimer et plaider cette cause face à des gens qui ne remettent rien en question, qui ne cherchent pas plus loin que les faits.... qui savent, eux, faire douter en quelques mots son propre raisonnement; ça soulage de lire ceci. Je vais le transmettre.

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  2. La résolution est votée à l'unanimité par tout les partis représentés à l'assemblée. Ce n'était pas gagné d'avance vu la culture machiste des cercles de pouvoir. Il reste à obtenir une loi et des mesures concrètes et appliquées. Mais comme vous le dîtes, c'est déjà ça.
    Par contre le monde médiatique me semble être massivement acquis aux thèses pro-prostitution. Déjà à l'époque de la publication du rapport parlementaire en Avril, nous avions eu droit à un tire de barrage de lieux communs et d'amalgames. On aurait pu penser que c'était "à chaud". Qu'une fois qu'un certain nombre de journaliste avait pris le temps de lire le rapport, un traitement un peu plus sérieux de la question apparaîtrait. Las. C'est dernier jours furent pire que ceux d'Avril sur la question.
    Or Guy Geoffroy dans l'émission de France culture "du grain à moudre" indiquait que, avec ses pairs, ellils avaient souhaité d'abord proposer au vote une résolution avant de soumettre une loi, afin de permettre à la société de prendre le temps de débattre de la question, qu'elle prenne conscience des réalités de la prostitution, comme eules-mêmes durant leurs investigations pour la mission d'information.
    Manifestement, au jour d'aujourd'hui, avec la "qualité" du traitement médiatique en cours, nos concitoyenës ne disposent pas des éléments nécessaires pour se faire une idée.
    Il me semble qu'à partir de maintenant nous avons un défi majeur pour faire entendre nos points de vue au plus grand nombre (avec les faits qui les étayent); et interpeller les membres du monde médiatique.

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  3. Je suis évidemment à 100% d'un avis contraire et j'explique mon point de vue dans mon blog
    http://www.olivierroussel.fr
    Refuser d'être un client potentiel rappelle un peu la prohibition américaine sur l'alcool. Continuons dans la grande hyprocrisie et votons la prohibition de la prostitution en rêvant qu'elle disparaitra :-)

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  4. Bien en accord avec ces propos, cet engagement. Qu'ajouter de plus ? Tout est dit.

    C'est bien la première que j'entends, enfin je lis un "commentaire" sur les propos de caubère qu'il a pourtant étaler dans diverses émissions et autres médias !

    Cordialement
    Éva

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  5. Vous prétendez parler au nom des "90% qui n'ont jamais et n'iront jamais louer le corps d'une femme, ou d'un homme". S'il vous plait arrêtez ça, j'ai pas besoin qu'on parle à ma place surtout pour dire le contraire de ce que je pense.
    Une ligne plus loin vous écrivez "nous sommes pour une liberté sexuelle totale". Est-ce qu'il s'agit d'une blague?
    Pourquoi une telle misandrie dans vos posts? Systématiquement les hommes sont des persécuteurs et les femmes des victimes. Qu'a donc fait votre père à vous ou à votre mère pour susciter une telle aversion de tous ce qui est masculin?
    Quelle est la prochaine étape? Interdire les portes-jaretelles? La fellation? La levrette?
    En tout cas le monde que vous voulez nous imposer me fait vraiment peur.

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  6. pour m'etre retrouvé dans l'obligation de 'louer' mes services c'est vrai que si ta cliente est pas classe c'est assez degradant psychiquement; mais ne s'agit-il pas d'un reste de bonne morale religieuse ?

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